
La Nouvelle Vie de Paul Sneijder
de Jean-Paul Dubois
4/5selon la rédaction
4/5 sur Amazon, 6 évaluations, relevé en septembre 2026
Un roman sombre et ironique sur le deuil, la dépossession et le refus d’une existence toute tracée.
En bref
Après un accident d’ascenseur qui coûte la vie à son épouse, Paul Sneijder survit, mais son rapport au monde bascule. Tandis que sa famille et son entourage poursuivent leur trajectoire, il se tourne vers les ascenseurs et envisage une existence radicalement différente. Jean-Paul Dubois construit un roman à la fois désenchanté, drôle par moments et profondément mélancolique, où l’absurdité du quotidien devient le point de départ d’une remise en question intime.
À propos du livre
Le roman explore les conséquences du deuil sans réduire celui-ci à une simple étape psychologique. Paul Sneijder se trouve progressivement séparé des attentes sociales, familiales et professionnelles qui définissaient auparavant sa place. Les ascenseurs deviennent alors bien davantage qu’un motif étrange : ils concentrent une réflexion sur la verticalité sociale, la technique, le hasard et la fragilité des vies ordinaires. Le livre observe avec précision ce moment où survivre ne signifie plus nécessairement reprendre la vie d’avant.
Jean-Paul Dubois privilégie une narration sobre, à la première personne, portée par une lucidité souvent mordante. L’humour naît du décalage entre la gravité des situations et la précision presque administrative avec laquelle elles sont rapportées. Cette retenue évite le pathos, même si elle peut aussi maintenir une certaine distance émotionnelle. La construction suit moins une intrigue spectaculaire qu’un déplacement intérieur : un homme se détache progressivement des rôles que son entourage voudrait lui voir reprendre.
Dans l’œuvre de Jean-Paul Dubois, le livre prolonge l’attention portée aux hommes ordinaires confrontés à une crise qui rend leur existence antérieure inhabitable. Comme dans plusieurs de ses romans, la satire des normes sociales accompagne une méditation sur la solitude, la famille et la possibilité d’une vie en marge. La singularité du sujet ne sert donc pas un simple effet de curiosité : elle permet de regarder autrement les mécanismes de conformité et les formes discrètes de renoncement.
La réputation du roman tient notamment à cet équilibre entre gravité et ironie, ainsi qu’à une voix narrative immédiatement identifiable. Le lecteur y trouve une réflexion accessible, mais non simplifiée, sur le deuil et la réinvention de soi. Le livre demande toutefois d’accepter une progression volontairement peu démonstrative et un personnage qui se retire davantage du monde qu’il ne cherche à le transformer. Sa force réside dans cette obstination à suivre une logique intime, même lorsqu’elle paraît déconcertante.
Pour qui
À lire si
- Les lecteurs qui apprécient les romans de crise intérieure, où le deuil devient une remise en cause de toute une manière de vivre.
- Les lecteurs sensibles à l’humour noir, aux narrateurs désabusés et aux récits qui observent les normes sociales avec ironie.
- Les amateurs de littérature française contemporaine privilégiant la voix, la réflexion et les déplacements intérieurs plutôt qu’une intrigue très mouvementée.
À éviter si
- Les lecteurs qui recherchent une intrigue rapide, des rebondissements nombreux ou une résolution nettement spectaculaire risquent de trouver le rythme trop méditatif.
- Les lecteurs qui attendent un traitement très sentimental du deuil pourraient être gênés par la distance ironique du narrateur.
Forces et limites
Ce qui fonctionne
- La voix de Paul Sneijder associe observation précise, ironie et mélancolie sans transformer le deuil en démonstration pathétique.
- Le motif des ascenseurs donne une forme concrète et originale aux réflexions sur le hasard, la technique et la fragilité humaine.
- Le roman montre avec justesse comment l’entourage peut imposer une idée de la normalité à celui qui ne parvient plus à y adhérer.
Ce qui coince
- La progression intérieure, volontairement lente, laisse parfois l’intrigue en retrait et peut donner une impression de répétition.
- La distance du narrateur protège le roman du sentimentalisme, mais elle réduit aussi l’intensité affective de certaines situations.
Fiche technique
- Auteur
- Jean-Paul Dubois
- Éditeur
- Points
- Parution
- 2016
- Format
- Broché
- ISBN
- 9782757859681
Par la rédaction de Livres et pensées.