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Livres et pensées
Couverture de La grossesse

La grossesse

de Yôko Ogawa

4/5selon la rédaction

4/5 sur Amazon, 3 évaluations, relevé en septembre 2026

Un récit bref et dérangeant, où l’observation minutieuse d’une grossesse devient une étude de l’envie, de la cruauté et du malaise familial.

En bref

Une jeune femme observe la grossesse de sa sœur, qui vient s’installer quelque temps chez elle avec son mari. Dans le quotidien domestique, cette naissance attendue fait surgir des sentiments ambivalents et des tensions difficiles à nommer.

À propos du livre

Yôko Ogawa s’intéresse moins à la maternité comme événement heureux qu’aux réactions troubles qu’elle suscite chez ceux qui l’entourent. La grossesse devient un objet d’observation, presque une expérience, qui révèle les rapports de pouvoir, la jalousie et les formes discrètes de violence au sein de la famille. Le récit ne cherche pas à fournir une psychologie explicative : il laisse plutôt le malaise se former à partir de gestes ordinaires, de silences et de pensées que la narratrice ne parvient pas à maîtriser.

La construction repose sur une progression lente et méthodique. Les détails du quotidien, les aliments, les conversations et les changements du corps sont décrits avec une précision volontairement neutre, qui rend leur charge inquiétante plus sensible. Ogawa installe ainsi une distance entre les faits et leur interprétation : le lecteur doit mesurer lui-même ce qui relève de l’observation, du fantasme ou de la menace. Cette retenue évite le mélodrame, mais donne au texte une froideur qui peut aussi paraître implacable.

Le livre appartient à la première période importante de l’œuvre d’Ogawa, déjà marquée par les thèmes qui reviendront dans ses récits : l’enfermement domestique, les obsessions, la matérialité des corps et la violence dissimulée sous des comportements convenables. Son étrangeté tient à la façon dont un cadre réaliste glisse progressivement vers l’inquiétant, sans rupture fantastique nette. La langue, sobre et contrôlée, renforce cette impression de menace diffuse.

Publié en 1991, La grossesse a été distingué par le prix Akutagawa, l’une des principales récompenses littéraires japonaises. Sa réputation repose moins sur l’ampleur de l’intrigue que sur la précision avec laquelle il transforme une situation familiale banale en expérience morale inconfortable. C’est un texte court, exigeant, qui demande d’accepter une narratrice peu fiable et une ambiguïté durable, plutôt que d’attendre une résolution psychologique clairement formulée.

Pour qui

À lire si

  • Les lecteurs attirés par les récits courts, les atmosphères inquiétantes et les narrateurs dont la perception demeure incertaine.
  • Les lecteurs qui apprécient une littérature japonaise attentive aux gestes ordinaires, aux tensions familiales et aux zones moralement ambiguës.
  • Les lecteurs intéressés par une écriture sobre, où le trouble naît davantage des détails et des non-dits que de l’action.

À éviter si

  • Les lecteurs qui recherchent une intrigue abondante, des personnages longuement développés ou une explication claire des motivations.
  • Les lecteurs peu sensibles aux récits volontairement froids et ambigus, dont l’inquiétude reste longtemps sans réponse explicite.

Forces et limites

Ce qui fonctionne

  • La précision des détails quotidiens transforme une situation familiale ordinaire en source de malaise.
  • La narration entretient une ambiguïté psychologique cohérente sans recourir à des effets dramatiques appuyés.
  • Le texte aborde la grossesse, la jalousie et la violence familiale sans simplifier les sentiments de la narratrice.

Ce qui coince

  • La brièveté du récit laisse certains personnages dans une relative esquisse, ce qui peut limiter l’attachement émotionnel.
  • La retenue stylistique et l’absence d’explications peuvent donner une impression de froideur ou de distance.

Fiche technique

Auteur
Yôko Ogawa
Éditeur
Actes Sud
Parution
1991
Format
Relié
ISBN
9782742711475

Par la rédaction de Livres et pensées.