
La fin des territoires
de Bertrand Badie
4/5selon la rédaction
4,2/5 sur Amazon, 12 évaluations, relevé en septembre 2026
Un essai dense et stimulant sur l’affaiblissement du cadre territorial, plus convaincant par ses questions que par certaines généralisations.
En bref
Bertrand Badie analyse le désordre international à partir d’une idée centrale : le territoire ne suffit plus à organiser les relations entre les sociétés et les États. Il examine les effets de la mondialisation, des circulations transnationales et des appartenances multiples sur la souveraineté et la hiérarchie internationales. L’essai interroge aussi la fonction sociale du respect, entendu comme une condition de la coexistence entre acteurs inégaux et entre communautés attachées à des normes différentes. Le registre est celui de la sociologie politique et des relations internationales, avec une ambition théorique marquée.
À propos du livre
L’intérêt principal du livre tient au déplacement qu’il opère. Au lieu de considérer le territoire comme le cadre naturel et durable de la politique internationale, Bertrand Badie le traite comme une construction historique dont l’efficacité est désormais limitée. Les frontières continuent d’exister, mais elles ne suffisent plus à contenir les flux, les conflits, les solidarités et les formes d’influence qui traversent les sociétés. Cette lecture permet de comprendre le désordre international autrement que comme une simple absence de règles.
La réflexion articule plusieurs niveaux d’analyse : la souveraineté des États, les rapports entre sociétés, les mobilités et les normes de reconnaissance. Le respect n’est pas présenté comme une vertu privée, mais comme une ressource politique nécessaire lorsque les acteurs ne partagent ni les mêmes intérêts ni les mêmes références. Cette construction donne au livre une portée normative réelle, tout en exigeant du lecteur une attention soutenue aux concepts et aux enchaînements argumentatifs.
L’écriture relève davantage de l’essai de théorie politique que de la vulgarisation. Les notions sont discutées avec méthode, mais l’abstraction peut rendre certains développements moins immédiatement accessibles. Le livre ne cherche pas à fournir un catalogue d’événements internationaux : il propose une grille d’interprétation, au risque de privilégier les grandes tendances sur la diversité des situations concrètes. Sa force vient donc de la cohérence du cadre proposé, plutôt que d’exemples spectaculaires.
La fin des territoires s’inscrit dans les travaux de Bertrand Badie consacrés à la transformation de l’ordre international et aux limites d’une lecture centrée sur les seuls États. L’essai conserve un intérêt particulier pour qui veut réfléchir aux effets politiques de la mondialisation sans réduire celle-ci à la seule économie. Sa thèse peut toutefois paraître trop générale lorsque la persistance des frontières, des appartenances nationales et des inégalités de puissance revient au premier plan.
Pour qui
À lire si
- Les lecteurs intéressés par les relations internationales qui cherchent une interprétation théorique de la mondialisation et de l’affaiblissement relatif de la souveraineté.
- Les étudiants et chercheurs en science politique qui veulent confronter l’approche étatique classique à une analyse des circulations et des appartenances transnationales.
- Les lecteurs prêts à suivre un essai conceptuel, davantage orienté vers la construction d’une problématique que vers le récit d’événements.
À éviter si
- Les lecteurs qui attendent une introduction simple et pédagogique aux relations internationales, car l’argumentation suppose une certaine familiarité avec les notions de souveraineté et d’État.
- Ceux qui recherchent une analyse principalement empirique de crises précises, le livre privilégiant les cadres d’interprétation et les tendances générales.
Forces et limites
Ce qui fonctionne
- Le livre remet en cause la centralité supposée du territoire en distinguant clairement frontières juridiques, circulations sociales et espaces de pouvoir.
- Il relie la question du désordre international à celle de la reconnaissance et du respect, au lieu de réduire la politique mondiale aux rapports de force.
- La réflexion fournit une grille durable pour analyser la mondialisation, les appartenances multiples et les limites de l’action étatique.
Ce qui coince
- L’abstraction de certains développements peut éloigner les lecteurs qui attendent des exemples nombreux et directement documentés.
- La thèse de l’affaiblissement territorial tend parfois à généraliser des évolutions qui coexistent avec la persistance des États, des frontières et des identités nationales.
Fiche technique
- Auteur
- Bertrand Badie
- Éditeur
- Fayard
- Parution
- 1995
- Format
- Broché
- Prix éditeur
- 24,00 €
- ISBN
- 9782213594606
Par la rédaction de Livres et pensées.