
La fille du professeur
de Emmanuel Guibert et Joann Sfar
4/5selon la rédaction
4,9/5 sur Amazon, 15 évaluations, relevé en septembre 2026
Une fable gothique et fantaisiste, portée par un dessin expressif, mais dont l’ironie peut tenir le lecteur à distance.
En bref
En Angleterre, un professeur d’égyptologie voit sa fille s’éprendre d’une créature venue de l’Égypte ancienne. Cette relation improbable se déploie dans un univers de savants, de momies et de convenances sociales malmenées. Emmanuel Guibert et Joann Sfar mêlent récit d’aventures, romance macabre et humour absurde, avec une tonalité volontairement décalée.
À propos du livre
Le livre détourne les codes du récit d’exploration égyptologique et du mélodrame amoureux. La fascination pour les antiquités, le poids de l’autorité paternelle et les règles de la société bourgeoise servent de cadre à une histoire qui préfère l’incongru au réalisme. La relation centrale permet surtout d’interroger les frontières entre le vivant et le mort, le présent et le passé, le convenable et le scandaleux, sans transformer ces enjeux en discours démonstratif.
La narration avance par scènes brèves et par ruptures de ton. Le scénario d’Emmanuel Guibert privilégie les situations étranges, les dialogues décalés et une logique de conte, tandis que le dessin de Joann Sfar joue sur la nervosité du trait, les silhouettes anguleuses et une expressivité presque caricaturale. Cette alliance donne au récit une atmosphère de cabinet de curiosités, où le grotesque et la tendresse coexistent sans chercher à se résoudre.
La fille du professeur appartient aux premières œuvres marquantes de la collaboration entre Guibert et Sfar. On y trouve déjà des traits qui caractériseront leur travail, notamment le goût des récits hybrides, des personnages en marge et des univers historiques réinventés. L’album reste toutefois plus ramassé et plus directement construit que certaines œuvres ultérieures des deux auteurs, avec une ambition narrative limitée mais une identité graphique et tonale très nette.
La réputation de l’album tient à cette combinaison peu commune entre bande dessinée d’aventures, humour noir et sentiment amoureux. Son charme dépend largement de l’acceptation d’un récit qui ne cherche ni la vraisemblance psychologique ni la reconstitution historique précise. Les lecteurs sensibles à l’inventivité visuelle et aux contes irrévérencieux y trouveront une œuvre singulière, tandis que ceux qui attendent une romance développée ou un scénario réaliste pourront rester en retrait.
Pour qui
À lire si
- Les lecteurs qui aiment les bandes dessinées mêlant aventure, fantastique et humour noir dans un cadre historique détourné.
- Les amateurs du dessin de Joann Sfar et des récits précoces d’Emmanuel Guibert, construits autour de personnages marginaux et de situations absurdes.
- Les lecteurs intéressés par les histoires d’amour atypiques, à condition d’accepter une narration de conte plutôt qu’une psychologie réaliste.
À éviter si
- Les lecteurs qui recherchent une reconstitution historique documentée ou une intrigue d’aventures réaliste risquent de trouver le récit trop fantaisiste.
- Les lecteurs qui attendent une romance longuement développée peuvent rester sur leur faim, car l’album privilégie l’étrangeté, le rythme et l’ironie.
Forces et limites
Ce qui fonctionne
- Le mélange cohérent entre imaginaire égyptologique, romance macabre et humour absurde.
- Le dessin expressif de Joann Sfar, qui donne aux personnages une présence immédiatement reconnaissable.
- Une construction ramassée, fondée sur des scènes courtes et des ruptures de ton efficaces.
Ce qui coince
- La brièveté du récit laisse certains enjeux affectifs à l’état d’esquisse, ce qui peut limiter l’attachement aux personnages.
- L’ironie constante et le refus du réalisme créent une distance qui ne conviendra pas aux lecteurs cherchant une émotion plus directe.
Fiche technique
- Auteur
- Emmanuel Guibert et Joann Sfar
- Éditeur
- Dupuis
- Parution
- 1997
- Format
- Relié
- Prix éditeur
- 9,50 €
- ISBN
- 9782800149493
Par la rédaction de Livres et pensées.