
La disparition de Josef Mengele
de Olivier Guez
4/5selon la rédaction
4,3/5 sur Amazon, 3 300 évaluations, relevé en septembre 2026
Un roman documentaire sobre et documenté, qui transforme la traque d’un criminel nazi en étude de la fuite et de l’impunité.
En bref
Après la Seconde Guerre mondiale, Josef Mengele, médecin SS d’Auschwitz, parvient à échapper à la justice et gagne l’Amérique du Sud. Olivier Guez suit ses années de clandestinité, ses déplacements et les protections dont il bénéficie, dans un récit à la fois historique et romanesque.
À propos du livre
Le livre s’intéresse moins aux crimes de Mengele, déjà documentés par l’histoire, qu’aux conditions concrètes de son impunité. Il montre comment un criminel recherché peut se fondre dans des communautés d’expatriés, compter sur des complicités et profiter des failles politiques de l’après-guerre. Cette approche déplace le regard : l’horreur n’est pas seulement celle du camp, elle réside aussi dans la durée presque ordinaire d’une vie soustraite au jugement.
Olivier Guez adopte une narration tendue, précise, qui s’appuie sur une documentation historique importante sans prendre la forme d’un essai universitaire. La prose reste volontairement maîtrisée, parfois sèche, et refuse la dramatisation facile. Le lecteur suit les étapes de la fuite comme dans un récit d’enquête, mais la connaissance de l’issue historique crée une tension particulière : ce qui importe n’est pas seulement ce qui va arriver, mais la manière dont un homme peut continuer à vivre après avoir participé à l’innommable.
La construction suit le parcours de Mengele dans plusieurs pays d’Amérique du Sud et fait de ses changements d’identité, de ses peurs et de ses relations un fil narratif. Ce choix permet de rendre lisible une histoire complexe, tout en laissant apparaître les zones grises des sociétés qui l’entourent. Le roman ne cherche pas à psychologiser excessivement le criminel : il observe plutôt ses comportements, ses stratégies et l’environnement qui les rend possibles.
Premier roman d’Olivier Guez, l’ouvrage se situe à la frontière du roman historique, de l’enquête et du récit documentaire. Sa reconnaissance, notamment avec le prix Renaudot, tient à cet équilibre entre accessibilité narrative et gravité du sujet. Le texte peut toutefois frustrer les lecteurs qui attendent une analyse approfondie du système nazi ou une plongée intérieure dans la conscience de Mengele : son ambition est d’abord de reconstituer une fuite et d’en mesurer les conséquences morales et historiques.
Pour qui
À lire si
- Les lecteurs qui veulent comprendre comment des criminels nazis ont pu échapper à la justice dans l’immédiat après-guerre.
- Les amateurs de récits historiques documentés, écrits avec une narration romanesque mais sans embellissement.
- Les lecteurs intéressés par les rapports entre mémoire, responsabilité individuelle et défaillances politiques.
À éviter si
- Les lecteurs qui recherchent un roman psychologique développant longuement la conscience et les motivations intimes du personnage.
- Les lecteurs qui préfèrent une histoire entièrement fictionnelle, sans la distance parfois froide d’une reconstitution documentée.
Forces et limites
Ce qui fonctionne
- La documentation historique donne une assise solide au récit sans l’alourdir d’un appareil universitaire.
- La prose sobre évite de transformer les crimes de Mengele en spectacle ou en fascination morbide.
- La trajectoire géographique et les changements d’identité produisent une tension narrative constante.
Ce qui coince
- La distance narrative limite l’identification et peut laisser certains lecteurs à l’extérieur du personnage.
- La forme romanesque simplifie nécessairement une histoire politique et historique beaucoup plus vaste.
Fiche technique
- Auteur
- Olivier Guez
- Éditeur
- Le Livre de Poche
- Parution
- 2017
- Format
- Poche
- Prix éditeur
- 8,90 €
- ISBN
- 9782253073802
Par la rédaction de Livres et pensées.