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Livres et pensées
Couverture de La Dernière Allumette

La Dernière Allumette

de Marie Vareille

4/5selon la rédaction

4,6/5 sur Amazon, 6 900 évaluations, relevé en septembre 2026

Un roman de reconstruction sur l’emprise et la mémoire, efficace par sa construction, mais parfois appuyé dans ses effets.

En bref

Abigaëlle vit recluse dans un couvent depuis plusieurs années, à distance d’un passé dont elle ne conserve que des fragments. Sa sœur Gabrielle reste son principal lien avec le monde extérieur, mais leur histoire familiale demeure marquée par les non-dits et les blessures. En alternant les époques et les points de vue, Marie Vareille explore les mécanismes de l’emprise, la violence faite aux femmes et les chemins possibles de la reconstruction. Le récit mêle drame familial, suspense psychologique et réflexion sur la mémoire.

À propos du livre

Le roman place au centre une question délicate : comment se reconstruire quand les souvenirs eux-mêmes deviennent une source de menace ou de confusion ? La violence n’est pas seulement décrite dans ses manifestations visibles, mais aussi dans ses effets durables sur les liens familiaux, la confiance et la perception de soi. Cette approche donne au livre une portée sociale nette, sans le réduire à un simple récit à thème. La relation entre les deux sœurs permet également d’examiner la culpabilité, la protection et les silences qui accompagnent les situations d’emprise.

La construction repose sur une circulation entre différentes temporalités et sur une distribution progressive des informations. Ce dispositif entretient l’attente et accompagne le travail de mémoire d’Abigaëlle, tout en faisant varier la compréhension des événements. Marie Vareille privilégie une écriture fluide, directe et émotionnelle, qui rend le roman très accessible. En contrepartie, certaines explications psychologiques et certains retournements peuvent sembler soulignés, comme si le texte cherchait parfois à guider fortement la réaction du lecteur.

Dans l’œuvre de Marie Vareille, le livre prolonge l’intérêt pour les secrets de famille, les blessures de l’enfance et les personnages confrontés à une épreuve qui transforme leur identité. Il se situe à la rencontre du roman psychologique et du drame contemporain, avec une structure suffisamment romanesque pour maintenir la tension. Son sujet explique une grande partie de sa résonance auprès du public : le livre met en récit des mécanismes d’emprise souvent difficiles à nommer, tout en laissant une place importante à la possibilité de reprendre possession de son histoire.

La force du roman tient surtout à l’articulation entre l’intime et le collectif. La souffrance des personnages n’est pas traitée comme un simple ressort spectaculaire, même si la narration cherche clairement l’émotion et le suspense. Les lecteurs sensibles aux récits de résilience y trouveront une histoire lisible et structurée, tandis que ceux qui attendent une grande ambiguïté psychologique pourront juger certains choix trop explicites. Le livre reste néanmoins cohérent dans son projet : rendre perceptible la lente reconquête d’une parole et d’une vie personnelle.

Pour qui

À lire si

  • Les lecteurs qui apprécient les romans psychologiques construits autour de secrets familiaux, de souvenirs fragmentaires et de révélations progressives.
  • Les lecteurs qui cherchent une fiction accessible sur l’emprise, les violences conjugales et la reconstruction, avec une forte dimension émotionnelle.
  • Les amateurs de récits à plusieurs temporalités, où la structure narrative accompagne l’évolution de la compréhension des personnages.

À éviter si

  • Les lecteurs qui préfèrent une écriture très sobre et une psychologie peu explicitée risquent de trouver le traitement parfois démonstratif.
  • Les lecteurs qui recherchent avant tout un suspense complexe pourraient rester sur leur faim, car les enjeux sociaux et familiaux priment sur la mécanique policière.

Forces et limites

Ce qui fonctionne

  • La construction alternée des temporalités fait progressivement évoluer la compréhension du passé d’Abigaëlle.
  • Le roman rend lisibles les mécanismes de l’emprise et leurs conséquences sur la mémoire, les relations et l’estime de soi.
  • La relation entre les deux sœurs donne une dimension familiale concrète à la question de la reconstruction.

Ce qui coince

  • L’écriture émotionnelle et certaines explications psychologiques peuvent paraître appuyées, surtout aux lecteurs habitués à davantage de retenue.
  • La recherche d’efficacité narrative conduit parfois à des révélations et à des réactions très guidées, ce qui réduit l’ambiguïté du récit.

Fiche technique

Auteur
Marie Vareille
Éditeur
Le Livre de Poche
Parution
2024
Format
Poche
Prix éditeur
8,90 €
ISBN
9782253251033

Par la rédaction de Livres et pensées.