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Livres et pensées
Couverture de Klezmer, tome 3 : Tous des voleurs !

Klezmer, tome 3 : Tous des voleurs !

de Joann Sfar

4/5selon la rédaction

4,8/5 sur Amazon, 7 évaluations, relevé en septembre 2026

Une bande dessinée foisonnante et irrévérencieuse, à recommander aux lecteurs qui acceptent une narration libre et des personnages volontairement ambigus.

En bref

Dans cette nouvelle étape de Klezmer, le groupe de musiciens juifs formé autour de Nino poursuit ses aventures dans l’Europe de l’Est. La musique, les rencontres et les conflits nourrissent un récit où chacun semble avancer avec ses propres intérêts. Joann Sfar mêle récit picaresque, humour, dialogues très libres et réflexion sur l’identité, la foi, le désir et la débrouille. Le volume peut se lire dans la continuité de la série, même si son énergie et ses personnages hauts en couleur en constituent l’attrait principal.

À propos du livre

Le sujet de Klezmer repose moins sur une intrigue fortement nouée que sur la circulation d’un groupe d’artistes dans un monde instable. Les personnages vivent de leur musique, de leurs ruses et de leurs alliances provisoires. À travers eux, Joann Sfar explore une culture juive d’Europe orientale sans la réduire à un décor folklorique : les différences de classe, de religion, de tempérament et de morale créent les véritables tensions du récit.

La construction privilégie les épisodes, les conversations et les bifurcations plutôt qu’une progression parfaitement linéaire. Cette liberté correspond à l’esprit de la série, mais elle demande au lecteur d’accepter les changements de ton et les scènes qui semblent parfois s’éloigner de l’action principale. Le dessin, nerveux et expressif, donne aux corps et aux visages une présence immédiate. Les décors restent souvent esquissés, afin de laisser la priorité aux personnages et à leur parole.

Sfar écrit ses protagonistes comme des êtres contradictoires, capables de générosité comme de mauvaise foi, de lyrisme comme de trivialité. L’humour ne neutralise pas les enjeux du récit : il souligne au contraire la fragilité des individus et leur manière de transformer la survie en spectacle. La musique fonctionne à la fois comme thème narratif et comme principe de composition, avec des motifs qui reviennent, se répondent et donnent au volume une forme de mouvement collectif.

Ce troisième tome s’inscrit dans la veine des œuvres de Sfar qui mêlent références culturelles, philosophie quotidienne et goût du conte. Sa réputation tient notamment à cette voix reconnaissable, très orale, et à une conception de la bande dessinée qui préfère l’invention au réalisme documentaire. Le livre séduira surtout par son atmosphère, ses personnages et sa liberté de ton. Les lecteurs attachés à une intrigue rigoureuse ou à une reconstitution historique détaillée pourront toutefois rester à distance.

Pour qui

À lire si

  • Les lecteurs qui apprécient les bandes dessinées de Joann Sfar, avec leur humour oblique, leurs dialogues abondants et leurs personnages moralement ambivalents.
  • Les lecteurs attirés par les récits de groupe, la culture klezmer et les aventures picaresques plus intéressées par l’atmosphère que par une intrigue parfaitement ordonnée.
  • Les lecteurs de romans graphiques qui aiment les œuvres libres, érudites et volontairement irrégulières.

À éviter si

  • Les lecteurs qui recherchent une narration linéaire, une intrigue très resserrée et des personnages dont les motivations sont immédiatement lisibles.
  • Les lecteurs qui attendent une bande dessinée historique documentée avec précision, car l’ouvrage privilégie la fable, la parole et la fantaisie.

Forces et limites

Ce qui fonctionne

  • Les personnages forment un ensemble contrasté, dont les désaccords et les alliances donnent au récit son mouvement.
  • Les dialogues mêlent humour, provocation et réflexion sans dissocier artificiellement le comique des questions identitaires et religieuses.
  • Le dessin expressif de Joann Sfar rend lisibles les émotions et les rapports de force, même dans les scènes les plus désordonnées.

Ce qui coince

  • La narration par épisodes peut donner une impression de dispersion et affaiblir la tension dramatique.
  • L’abondance de dialogues et les changements de ton peuvent fatiguer les lecteurs qui préfèrent une construction plus classique.

Fiche technique

Auteur
Joann Sfar
Parution
2007
Format
Numérique

Par la rédaction de Livres et pensées.