
Journal de guerre
de Simone de Beauvoir
4/5selon la rédaction
3,8/5 sur Amazon, 4 évaluations, relevé en septembre 2026
Un document intime et intellectuel précieux, surtout pour comprendre Beauvoir dans la guerre, mais moins accessible qu’un récit autobiographique construit.
En bref
Tenue de septembre 1939 à janvier 1941, cette partie du journal de Simone de Beauvoir suit la période de la mobilisation, de la défaite française et des débuts de l’Occupation. Elle y consigne son quotidien, ses relations, ses lectures, son travail et ses réflexions sur la guerre. Le texte, publié et présenté par Sylvie Le Bon de Beauvoir, relève à la fois du document historique et de l’écriture de soi.
À propos du livre
Ce journal montre la guerre à hauteur d’existence individuelle. Les événements collectifs y apparaissent à travers leurs effets sur les déplacements, les échanges, le travail, les habitudes et les relations de Simone de Beauvoir. L’intérêt du livre ne tient donc pas seulement aux informations qu’il livre sur la période, mais à la manière dont une intellectuelle tente de préserver une activité de pensée dans un contexte de désordre politique et matériel. La guerre devient une épreuve concrète, qui modifie les rapports aux autres et au temps.
L’écriture est celle d’un journal de travail et de présence, non d’un récit rétrospectif composé pour produire une démonstration. Les notations sont souvent datées, fragmentaires et attentives aux détails de la vie quotidienne. Cette forme permet de saisir les hésitations, les changements d’humeur et les réactions immédiates, mais elle suppose aussi que le lecteur accepte les ellipses et les allusions. L’édition de Sylvie Le Bon de Beauvoir aide à situer le texte et à l’inscrire dans l’ensemble de l’œuvre.
Le livre occupe une place particulière dans l’œuvre autobiographique de Simone de Beauvoir. Il complète les récits publiés après la guerre en donnant accès à une parole moins organisée, plus proche de l’instant, et permet de comparer l’expérience vécue avec la construction ultérieure du souvenir. Il intéresse ainsi autant l’histoire littéraire que l’étude de la pensée de Beauvoir, de ses relations et de son rapport à l’engagement. Sa valeur est documentaire, mais elle reste inséparable de sa dimension littéraire.
La réputation du volume repose surtout sur cette proximité avec une période décisive et sur la possibilité d’observer Beauvoir dans son quotidien plutôt que dans une synthèse autobiographique. En contrepartie, le texte demande une lecture contextualisée : certaines entrées restent privées, allusives ou inégalement développées. Il ne faut pas y chercher une histoire générale de la Seconde Guerre mondiale, mais le témoignage situé d’une écrivaine confrontée à un bouleversement collectif et cherchant à maintenir une continuité intellectuelle.
Pour qui
À lire si
- Les lecteurs de Simone de Beauvoir qui souhaitent compléter la lecture de ses mémoires par un document plus immédiat et moins composé.
- Les lecteurs intéressés par les journaux intimes, l’histoire culturelle de la guerre et les effets du conflit sur la vie quotidienne.
- Les étudiants et chercheurs qui veulent observer la formation d’une pensée autobiographique au contact des événements.
À éviter si
- Les lecteurs qui recherchent un récit de guerre suivi, une intrigue ou une analyse historique générale risquent d’être déçus par le caractère fragmentaire et personnel du journal.
- Les lecteurs peu familiers de la vie et de l’entourage de Beauvoir peuvent trouver certaines allusions difficiles à situer.
Forces et limites
Ce qui fonctionne
- Le journal restitue avec précision les effets concrets de la guerre sur la vie quotidienne et les relations.
- La forme datée conserve la diversité des réactions et des pensées sans les lisser dans une reconstruction rétrospective.
- Le texte éclaire un moment important de l’œuvre autobiographique de Simone de Beauvoir.
Ce qui coince
- Les entrées sont parfois elliptiques et supposent une connaissance préalable de l’entourage de l’autrice.
- L’ouvrage ne propose ni récit historique complet ni progression narrative régulière, ce qui peut rendre la lecture discontinue.
Fiche technique
- Auteur
- Simone de Beauvoir
- Éditeur
- Gallimard
- Parution
- 1990
- Format
- Numérique
Par la rédaction de Livres et pensées.