
Journal d'un amour perdu
de Éric-Emmanuel Schmitt
4/5selon la rédaction
4,4/5 sur Amazon, 651 évaluations, relevé en septembre 2026
Un récit de deuil sincère et accessible, qui touche par sa précision affective malgré une écriture parfois appuyée.
En bref
Après la mort de sa mère, Éric-Emmanuel Schmitt entreprend de tenir un journal pour affronter le manque et conserver la présence de celle qu’il aimait. Entre souvenirs, réflexions et scènes du quotidien, il décrit les mouvements irréguliers du deuil, dans une prose directe et personnelle.
À propos du livre
Le livre prend pour point de départ une expérience intime, la disparition d’une mère, mais il ne réduit pas le deuil à une suite de confidences privées. Schmitt observe les gestes ordinaires, les souvenirs qui surgissent sans prévenir et les changements de perception provoqués par l’absence. Le journal devient un espace où la douleur peut être nommée, discutée et parfois mise à distance. Cette démarche donne au texte une portée plus large, en faisant de l’histoire familiale une réflexion sur l’attachement, la mémoire et la continuité du lien après la mort.
La construction diariste privilégie les notations brèves, les retours en arrière et les associations d’idées plutôt qu’un récit strictement linéaire. Le lecteur suit moins une intrigue qu’un mouvement intérieur, avec ses reprises, ses contradictions et ses moments d’accalmie. L’écriture reste claire, très lisible, et alterne scènes concrètes et passages méditatifs. Schmitt ne cherche pas l’expérimentation formelle : son efficacité repose sur la netteté des formulations et sur une volonté de rendre communicable une expérience que chacun traverse de manière différente.
Dans l’œuvre d’Éric-Emmanuel Schmitt, ce texte occupe une place particulière par son caractère autobiographique et sa proximité avec le journal personnel. Il prolonge toutefois des préoccupations présentes dans ses autres livres, notamment la spiritualité, la transmission et la recherche d’un sens face aux épreuves. Cette continuité peut séduire les lecteurs qui apprécient une littérature soucieuse de dialogue avec son public. Elle explique aussi la dimension très explicite du livre, qui accompagne le lecteur au lieu de lui laisser entièrement le soin d’interpréter.
La force du texte tient à sa capacité à faire reconnaître des sensations souvent difficiles à formuler, sans s’enfermer dans un vocabulaire clinique du deuil. Son accessibilité rend la lecture immédiate et peut offrir un point d’appui à ceux qui cherchent une parole sur la perte. En revanche, cette recherche de clarté conduit parfois à souligner les émotions ou à transformer l’expérience en leçon de portée générale. Le livre gagne alors en partage ce qu’il peut perdre en ambiguïté et en retenue littéraire.
Pour qui
À lire si
- Les lecteurs qui cherchent un récit personnel sur le deuil, sans distance théorique ni dispositif romanesque complexe.
- Les lecteurs sensibles aux journaux intimes qui mêlent souvenirs familiaux, réflexions spirituelles et scènes de la vie quotidienne.
- Les personnes qui apprécient une prose claire et directement émotionnelle, davantage tournée vers le partage que vers l’expérimentation formelle.
À éviter si
- Les lecteurs qui attendent une intrigue romanesque construite, car le livre progresse surtout par fragments, souvenirs et états intérieurs.
- Les lecteurs qui préfèrent une écriture discrète ou fortement elliptique risquent de trouver certaines réflexions trop explicites.
Forces et limites
Ce qui fonctionne
- Le journal restitue avec précision les fluctuations du deuil, entre manque, souvenirs, colère et moments d’apaisement.
- La prose claire relie des scènes quotidiennes à des questions plus générales sur la mémoire, l’amour et la transmission.
- La forme diariste donne au récit une progression intérieure lisible, sans prétendre ordonner artificiellement l’expérience de la perte.
Ce qui coince
- Les explications psychologiques et spirituelles peuvent parfois appuyer le sens au lieu de laisser les émotions ouvertes à l’interprétation.
- La forte dimension personnelle limite l’intérêt pour les lecteurs qui recherchent avant tout une fiction ou une construction narrative élaborée.
Fiche technique
- Auteur
- Éric-Emmanuel Schmitt
- Éditeur
- Le Livre de Poche
- Parution
- 2019
- Format
- Poche
- Prix éditeur
- 7,90 €
- ISBN
- 9782253079804
Par la rédaction de Livres et pensées.