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Livres et pensées
Couverture de Jonas ou l'artiste au travail suivi de La pierre qui pousse

Jonas ou l'artiste au travail suivi de La pierre qui pousse

de Albert Camus

4/5selon la rédaction

4,5/5 sur Amazon, 31 évaluations, relevé en septembre 2026

Deux nouvelles sur l’isolement, la création et la difficulté d’appartenir aux autres, denses mais parfois démonstratives.

En bref

Dans « Jonas ou l’artiste au travail », un peintre connaît le succès avant de se retrouver progressivement séparé des siens et de son propre travail. « La pierre qui pousse » suit un ingénieur français confronté, au Brésil, à une communauté dont les rites et la solidarité mettent en question sa position d’étranger. Ces deux récits interrogent la création, la responsabilité et les formes ambiguës de la fraternité.

À propos du livre

Ces nouvelles mettent en scène des hommes placés dans une situation de décalage. Jonas est enfermé dans les contradictions de la célébrité artistique, entre attente du public, obligations familiales et besoin de solitude. Dans « La pierre qui pousse », le déplacement géographique devient aussi une épreuve morale : l’ingénieur ne peut comprendre la communauté qu’il découvre en restant extérieur à ses croyances et à ses gestes collectifs. Camus oppose ainsi l’individu qui se protège et le groupe qui impose ses propres règles de solidarité.

La construction des deux textes repose sur une progression vers la crise plutôt que sur une intrigue riche en péripéties. Le récit de Jonas adopte une ironie discrète, parfois teintée de caricature, pour montrer les effets sociaux de la reconnaissance. « La pierre qui pousse » privilégie une atmosphère plus dépaysante et symbolique, tout en conservant une écriture sobre. Le style de Camus reste lisible, précis et attentif aux paysages, mais la portée morale des situations est parfois très explicitement orientée.

Ces textes occupent une place importante dans « L’Exil et le royaume », dernier recueil de nouvelles publié du vivant de Camus. Comme les autres récits du volume, ils explorent différentes formes d’exil, géographique, affectif ou intérieur, sans proposer de solution doctrinale simple. « Jonas ou l’artiste au travail » prolonge notamment la réflexion de Camus sur l’artiste et son rapport au monde, tandis que « La pierre qui pousse » déplace cette réflexion vers la rencontre entre cultures et vers la possibilité d’une solidarité concrète.

Leur réputation tient à cette alliance entre récit accessible et questionnement philosophique, caractéristique de Camus. La force du recueil vient moins d’une intrigue spectaculaire que de la netteté des situations et de leur portée symbolique. Ces deux nouvelles peuvent toutefois sembler plus démonstratives que certains romans de l’auteur : les personnages servent parfois d’abord une réflexion sur l’absurde, la culpabilité ou l’engagement. Elles offrent néanmoins une entrée concise dans les préoccupations morales et esthétiques de sa période de maturité.

Pour qui

À lire si

  • Les lecteurs qui souhaitent découvrir la réflexion de Camus sur l’artiste, la célébrité et la responsabilité sans commencer par un roman long.
  • Les lecteurs intéressés par les nouvelles à portée philosophique, construites autour d’une situation morale clairement dessinée.
  • Les lecteurs qui apprécient les récits de voyage où le dépaysement sert une réflexion sur la rencontre entre cultures.

À éviter si

  • Les lecteurs qui recherchent une intrigue très mouvementée ou des personnages développés selon les codes du roman psychologique risquent de trouver ces textes trop schématiques.
  • Les lecteurs peu sensibles aux récits symboliques et aux questions morales explicites pourront juger la démonstration appuyée.

Forces et limites

Ce qui fonctionne

  • Les deux nouvelles donnent une forme narrative claire aux thèmes de l’isolement, de la création et de la solidarité.
  • La prose est précise et les descriptions installent rapidement des milieux sociaux et géographiques contrastés.
  • La construction en progression vers une crise rend lisibles les dilemmes moraux sans multiplier les péripéties.

Ce qui coince

  • Les personnages sont parfois conçus comme des figures exemplaires au service d’une idée, ce qui réduit leur complexité psychologique.
  • La portée symbolique et morale de certaines scènes est suffisamment explicite pour limiter l’ambiguïté du récit.

Fiche technique

Auteur
Albert Camus
Éditeur
Gallimard (Folio)
Parution
1957
Format
Poche
Prix éditeur
3,00 €
ISBN
9782073007780

Par la rédaction de Livres et pensées.