
Feu Mathias Pascal
de Luigi Pirandello
4,5/5selon la rédaction
4,6/5 sur Amazon, 16 évaluations, relevé en septembre 2026
Un roman d’identité à la fois ironique et philosophique, recommandé aux lecteurs qui apprécient les récits modernes sur la liberté et ses pièges.
En bref
Après une existence familiale étouffante, Mathias Pascal est tenu pour mort alors qu’il est encore vivant. Il saisit cette occasion pour changer de nom et tenter de recommencer sa vie sous une autre identité. Pirandello construit un récit à la première personne, mêlant satire sociale, réflexion sur les apparences et humour parfois grotesque.
À propos du livre
Le roman part d’une situation romanesque presque invraisemblable pour interroger une question très concrète : que reste-t-il d’un individu quand on lui retire son état civil, ses obligations et le regard des autres ? La liberté recherchée par Mathias Pascal se révèle inséparable de droits, de liens et de responsabilités qui donnent aussi une existence sociale. Pirandello ne traite pas cette contradiction comme une thèse abstraite : il la fait éprouver à travers les choix successifs d’un personnage partagé entre soulagement, inquiétude et désir de reprendre prise sur sa vie.
La construction repose sur une narration rétrospective, adressée directement au lecteur. Mathias commente ses propres mésaventures, corrige parfois son récit et souligne les conventions de l’histoire qu’il raconte. Cette distance produit une ironie constante, mais elle ne réduit pas le personnage à un simple farceur. Le style alterne scènes comiques, observations psychologiques et passages plus spéculatifs sur l’identité. Ces changements de registre donnent au livre son mouvement particulier, tout en pouvant ralentir la lecture lorsque la réflexion prend le pas sur l’action.
Publié au début du XXe siècle, le roman appartient à une période où la littérature remet en cause les identités stables, les récits cohérents et les certitudes sociales. Il annonce plusieurs préoccupations majeures de Pirandello, notamment le conflit entre la personne que l’on croit être et les rôles que les autres nous imposent. Sa singularité tient à l’équilibre entre une intrigue de mésaventures, une critique des institutions et une méditation sur l’impossibilité de vivre entièrement en dehors des formes communes.
La réputation du livre repose moins sur son intrigue seule que sur cette manière de transformer une péripétie d’identité en expérience philosophique accessible. L’humour empêche le propos de devenir pesant, tandis que la première personne installe une relation ambiguë avec un narrateur qui interprète sans cesse ce qui lui arrive. Certains lecteurs pourront toutefois trouver les développements réflexifs irréguliers ou les détours narratifs datés. Ils participent néanmoins à la force historique du roman, qui demeure une porte d’entrée claire vers la modernité de Pirandello.
Pour qui
À lire si
- Les lecteurs intéressés par les récits d’identité, de métamorphose sociale et de liberté individuelle y trouveront une réflexion concrète, portée par une intrigue lisible.
- Les amateurs de classiques modernes qui aiment l’ironie, les narrateurs peu fiables et les romans où la forme commente l’histoire apprécieront ses jeux avec le récit.
- Les lecteurs découvrant Pirandello pourront y trouver une introduction accessible à ses thèmes de prédilection, sans renoncer à une véritable ambition philosophique.
À éviter si
- Les lecteurs qui recherchent une intrigue rapide et continue risquent d’être freinés par les digressions réflexives et les changements de ton.
- Les lecteurs peu sensibles à l’humour théâtral ou aux interrogations sur l’identité sociale pourront juger certains passages démonstratifs.
Forces et limites
Ce qui fonctionne
- Le roman transforme une intrigue de fausse disparition en réflexion précise sur le rôle de l’état civil et du regard d’autrui.
- La narration à la première personne associe ironie, autodérision et incertitude, ce qui donne au personnage une voix immédiatement identifiable.
- L’alternance entre scènes comiques, critique sociale et méditation philosophique exprime efficacement les tensions propres à la modernité de Pirandello.
Ce qui coince
- Les passages de commentaire et de réflexion interrompent parfois l’élan de l’intrigue, surtout pour les lecteurs venus chercher un récit d’aventures.
- La satire de certaines institutions et les effets de narration peuvent paraître appuyés ou datés, sans annuler la portée du questionnement central.
Fiche technique
- Auteur
- Luigi Pirandello
- Éditeur
- Flammarion
- Parution
- 1904
- Format
- Poche
- Prix éditeur
- 8,00 €
- ISBN
- 9782080707352
Par la rédaction de Livres et pensées.