
Feel Good
de Thomas Gunzig
4/5selon la rédaction
4,2/5 sur Amazon, 249 évaluations, relevé en septembre 2026
Une satire sociale et littéraire mordante, portée par un humour noir efficace, mais parfois démonstrative.
En bref
Alice, une femme en situation de précarité, vit avec son fils et cherche une issue à leur existence difficile. Elle entreprend de kidnapper Tom, un écrivain à succès, afin de le contraindre à écrire le roman qui pourrait les sortir de la misère. Thomas Gunzig mêle comédie noire, critique sociale et réflexion sur les recettes du succès littéraire. Le roman avance sur un ton à la fois cruel, absurde et volontiers provocateur.
À propos du livre
Le livre s'intéresse moins au seul fait divers qu'aux mécanismes qui organisent la réussite et l'échec dans une société obsédée par l'argent, la visibilité et les récits réconfortants. La pauvreté d'Alice n'est pas traitée comme un simple décor misérabiliste : elle devient le point de départ d'une réflexion sur les stratégies de survie, la violence des rapports sociaux et la facilité avec laquelle la littérature transforme les existences en produits consommables.
La construction repose sur un dispositif de confrontation entre une femme qui veut changer de vie et un écrivain censé connaître les règles du marché. Cette situation permet à Gunzig de faire circuler le roman entre récit de séquestration, satire du monde éditorial et fable sociale. Le style privilégie les scènes tendues, les dialogues incisifs et un humour noir qui désamorce régulièrement l'émotion sans supprimer la dureté des situations.
L'originalité du livre tient à ce mélange de divertissement narratif et de critique des imaginaires contemporains. Gunzig s'en prend notamment aux histoires conçues pour rassurer, aux injonctions à l'optimisme et à la croyance selon laquelle chacun pourrait transformer sa vie par la seule volonté. Le roman conserve toutefois une dimension très lisible, avec une intrigue directe et un goût marqué pour l'efficacité des situations.
Dans l'œuvre de Thomas Gunzig, Feel Good prolonge une veine déjà présente : celle d'une fiction sombre, grotesque et inventive, attentive aux effets du capitalisme sur les individus. Sa réputation repose surtout sur cette capacité à rendre accessibles des questions sociales sérieuses par la satire. Le procédé peut cependant sembler appuyé lorsque la critique du marché littéraire devient trop visible derrière les personnages.
Pour qui
À lire si
- Les lecteurs qui apprécient les romans sociaux sans didactisme, lorsque la critique passe par l'ironie et des situations volontairement excessives.
- Les amateurs d'humour noir, de récits à dispositif et de romans qui interrogent la fabrication du succès littéraire.
- Les lecteurs intéressés par une fiction accessible, mais assez mordante pour mettre en cause les injonctions contemporaines au bonheur.
À éviter si
- Les lecteurs qui recherchent une intrigue réaliste et psychologiquement nuancée risquent de trouver les situations trop fabriquées et les personnages parfois schématiques.
- Les amateurs de véritable feel good, au sens d'une lecture réconfortante et optimiste, seront déçus par la noirceur et le cynisme du roman.
Forces et limites
Ce qui fonctionne
- Le roman articule efficacement précarité sociale, marché littéraire et injonction au bonheur.
- L'humour noir transforme des situations difficiles en scènes satiriques sans les rendre inoffensives.
- Le dispositif narratif donne au livre un rythme régulier et favorise les confrontations incisives.
Ce qui coince
- La satire souligne parfois trop directement ses propres intentions, ce qui réduit la part d'ambiguïté du récit.
- Certains personnages servent davantage la démonstration sociale que la complexité psychologique.
Fiche technique
- Auteur
- Thomas Gunzig
- Éditeur
- Le Livre de Poche
- Parution
- 2019
- Format
- Poche
- Prix éditeur
- 9,20 €
- ISBN
- 9782253103752
Par la rédaction de Livres et pensées.