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Livres et pensées
Couverture de Fabliaux du Moyen Âge

Fabliaux du Moyen Âge

de Jean Dufournet

4/5selon la rédaction

4,5/5 sur Amazon, 62 évaluations, relevé en septembre 2026

Une bonne porte d’entrée vers la littérature comique médiévale, à condition d’accepter sa crudité et ses rapports de force souvent brutaux.

En bref

Cette anthologie rassemble des fabliaux, de courts récits en vers issus du Moyen Âge, fondés sur la ruse, le renversement des situations et la satire sociale. Clercs, femmes, maris, paysans, marchands et chevaliers y sont pris dans des intrigues où l’intelligence pratique l’emporte souvent sur le rang ou la morale affichée. Jean Dufournet accompagne les textes d’une présentation et de notes qui éclairent leur langue, leurs références et leur contexte. L’ensemble donne à entendre une littérature orale ou destinée à être dite, comique, directe et fréquemment irrévérencieuse.

À propos du livre

Le principal intérêt de ces fabliaux tient à leur regard décalé sur la société médiévale. Les personnages ne sont pas idéalisés : le clerc peut être hypocrite, le mari crédule, le puissant trompé et le personnage réputé inférieur capable de retourner la situation. Cette mécanique comique ne constitue pas pour autant une critique sociale systématique. Elle repose plutôt sur des rapports de force momentanément inversés, avec une place importante accordée au désir, à l’argent, à la nourriture et aux tromperies du quotidien.

La brièveté impose aux récits une construction très efficace : une situation identifiable, un piège, une montée du malentendu, puis une chute. Le comique naît autant des gestes et des situations que des mots, des sous-entendus et des écarts entre les apparences et la réalité. La lecture peut toutefois être moins immédiate qu’il n’y paraît, car les notes sont nécessaires pour saisir certains jeux de langage, certaines allusions et les habitudes narratives propres au genre.

L’édition de Jean Dufournet rend accessible un corpus qui occupe une place singulière dans la littérature française médiévale. Ces textes s’éloignent des récits héroïques et courtois généralement associés au Moyen Âge pour privilégier les petites intrigues, les corps et les intérêts concrets. Leur intérêt ne se réduit donc pas à leur dimension pittoresque : ils montrent aussi comment le rire organise une représentation très terrestre des relations entre les sexes, les classes et les institutions.

La réputation des fabliaux tient à cette alliance entre rapidité narrative, liberté de ton et observation des comportements. Elle ne doit cependant pas être confondue avec une modernité complète : certaines plaisanteries reposent sur la misogynie, la moquerie des plus faibles ou une violence aujourd’hui difficile à recevoir. L’anthologie est particulièrement utile lorsqu’elle est lue comme un objet littéraire et historique, plutôt que comme un simple recueil de plaisanteries anciennes.

Pour qui

À lire si

  • Les lecteurs qui veulent découvrir la littérature médiévale par des récits courts, narratifs et moins solennels que les grandes œuvres épiques ou courtoises.
  • Les étudiants et enseignants qui cherchent un corpus accessible pour étudier le comique, la satire, la narration brève et les représentations sociales du Moyen Âge.
  • Les amateurs de contes à chute qui acceptent une langue et des références nécessitant l’accompagnement des notes.

À éviter si

  • Les lecteurs qui attendent une vision idéalisée du Moyen Âge ou des personnages moralement exemplaires risquent d’être heurtés par la crudité et le cynisme de nombreux récits.
  • Ceux qui recherchent une intrigue continue ou des personnages développés sur la durée peuvent trouver l’ensemble répétitif, puisque chaque fabliau privilégie l’efficacité d’une situation isolée.

Forces et limites

Ce qui fonctionne

  • La brièveté des récits produit des intrigues resserrées, généralement construites autour d’un piège, d’un malentendu ou d’un renversement final.
  • L’anthologie fait entendre un comique médiéval concret, fondé sur les corps, l’argent, le désir, la ruse et les rapports de pouvoir.
  • La présentation et les notes de Jean Dufournet facilitent l’accès à une langue, à des références et à des conventions narratives éloignées du lecteur contemporain.

Ce qui coince

  • La répétition des mêmes ressorts, notamment la tromperie et la revanche comique, peut donner une impression de monotonie au fil de l’anthologie.
  • La violence sociale et les représentations sexistes de certains textes demandent une mise à distance critique, même lorsqu’elles participent à l’intérêt historique du recueil.

Fiche technique

Auteur
Jean Dufournet
Éditeur
Flammarion
Parution
2014
Format
Poche
Prix éditeur
12,50 €
ISBN
9782081351240

Par la rédaction de Livres et pensées.