
Et on tuera tous les affreux
de Boris Vian
4/5selon la rédaction
4,2/5 sur Amazon, 175 évaluations, relevé en septembre 2026
Un roman noir parodique et féroce, où l’absurde sert une critique des fantasmes de pureté et de normalité.
En bref
Rock Bailey, jeune homme particulièrement séduisant, voit son existence basculer après une rencontre qui l’entraîne dans une affaire de disparitions, de manipulations et de meurtres. Boris Vian détourne les codes du roman noir américain pour construire une intrigue rapide, provocatrice et volontiers invraisemblable.
À propos du livre
Le livre s’attaque aux obsessions de la beauté, de la sélection et de la « normalité » en les poussant jusqu’à l’absurde. Derrière les enlèvements et les poursuites, il met en scène une société qui prétend organiser les corps et les désirs selon des critères prétendument rationnels. La satire vise aussi les réflexes machistes du roman d’aventures, puisque le héros est défini d’abord par son apparence et par la convoitise qu’il suscite.
La construction reprend les ressorts du roman noir : narration à la première personne, rythme soutenu, rencontres inquiétantes, fausses pistes et révélations successives. Vian ne cherche toutefois pas le réalisme. Les situations outrées, les coïncidences et les traits caricaturaux composent un univers de farce macabre, porté par des dialogues secs et un goût marqué pour le jeu verbal. Cette distance comique peut alléger la violence, mais elle empêche parfois l’émotion de s’installer durablement.
Comme les autres romans signés Vernon Sullivan, celui-ci repose sur un pastiche du hard-boiled américain, mais il ne se contente pas d’en reproduire les conventions. Vian les accélère, les déforme et les confronte à des préoccupations qui lui sont propres : la domination, le désir, la fabrication des normes et la peur de l’altérité. Le résultat appartient autant au roman noir qu’à la satire sociale, avec une tonalité proche du canular littéraire.
La réputation du livre tient à cette alliance entre efficacité narrative, provocation et humour noir. Il se lit vite, mais ses outrances ne sont pas seulement décoratives : elles donnent une forme burlesque à une critique des idéologies qui prétendent produire des êtres humains parfaits. Sa brièveté et son énergie en font une porte d’entrée accessible vers les romans policiers de Vian, même si certains lecteurs resteront à distance de son cynisme et de sa représentation des rapports entre les sexes.
Pour qui
À lire si
- Les lecteurs de romans noirs qui apprécient les intrigues rapides, les narrateurs sarcastiques et les détournements des codes du genre.
- Les lecteurs intéressés par l’humour absurde de Boris Vian et par ses critiques de la beauté, de la normalité et de la sélection.
- Les amateurs de textes courts et provocateurs, davantage séduits par l’invention satirique que par le réalisme psychologique.
À éviter si
- Les lecteurs qui recherchent un polar réaliste, une enquête rigoureuse ou des personnages psychologiquement approfondis risquent de trouver l’intrigue trop invraisemblable.
- Les lecteurs sensibles à l’humour très noir et aux représentations volontairement caricaturales des rapports entre les sexes peuvent être gênés par son ton.
Forces et limites
Ce qui fonctionne
- Le roman détourne efficacement les codes du hard-boiled pour transformer l’enquête en satire de la normalité.
- Le rythme narratif, les dialogues et les situations outrées maintiennent une tension comique constante.
- Les thèmes de la beauté, du désir et de la sélection donnent une portée critique à une intrigue volontairement extravagante.
Ce qui coince
- Les personnages sont souvent réduits à des fonctions dans le récit, ce qui limite l’épaisseur psychologique de l’ensemble.
- L’outrance et le cynisme du dispositif peuvent prendre le pas sur la crédibilité de l’enquête et sur l’émotion.
Fiche technique
- Auteur
- Boris Vian
- Éditeur
- Le Livre de Poche
- Parution
- 1948
- Format
- Poche
- Prix éditeur
- 7,90 €
- ISBN
- 9782253146162
Par la rédaction de Livres et pensées.