
Ennemonde et autres caractères
de Jean Giono
4/5selon la rédaction
4,3/5 sur Amazon, 23 évaluations, relevé en septembre 2026
Un livre bref et sombre, porté par une langue tellurique, pour les lecteurs attirés par les portraits de personnages hors norme.
En bref
Jean Giono compose ici plusieurs récits centrés sur des figures rurales dont la volonté, les instincts et la violence débordent les cadres ordinaires. Le texte principal, « Ennemonde », dessine le portrait d’une femme de montagne dans un univers dominé par la rudesse des rapports humains et la puissance des paysages.
À propos du livre
Dans « Ennemonde », Giono s’intéresse moins à une intrigue traditionnelle qu’à la formation d’un caractère. Le personnage central apparaît comme une force de la nature, façonnée par son milieu mais aussi capable de le dominer. La terre, l’argent, le désir et la violence s’entremêlent dans une société rurale où les conventions morales semblent fragiles. Les autres récits prolongent cette exploration de figures exceptionnelles, parfois inquiétantes, que l’auteur observe sans les réduire à des jugements psychologiques ou moraux.
La construction repose sur le portrait, l’anecdote et la légende plutôt que sur une progression romanesque classique. La narration donne aux personnages une dimension presque mythique, tout en conservant une précision concrète dans les gestes, les lieux et les rapports de force. La langue de Giono alterne ampleur descriptive, ironie et oralité. Cette voix peut produire une impression de profusion, mais elle installe surtout une distance singulière : les êtres sont montrés dans leur brutalité comme dans leur vitalité, sans commentaire explicatif systématique.
Le recueil appartient à la veine tardive de Giono, celle qui s’éloigne du récit pastoral idéalisé pour examiner des communautés traversées par la convoitise, la cruauté et le désir de puissance. Il rejoint ainsi plusieurs œuvres de l’auteur où les paysages de Provence et des Alpes deviennent le théâtre de passions élémentaires. « Ennemonde » vaut notamment par cette tension entre réalisme social et fable noire. Le livre ne cherche pas à rendre ses personnages aimables, mais à leur donner une présence durable et une logique propre.
Pour qui
À lire si
- Les lecteurs qui aiment les récits de caractère et les personnages ambivalents, plus puissants que sympathiques.
- Les amateurs de Giono intéressés par sa prose tardive, ses paysages ruraux et ses univers moralement troubles.
- Les lecteurs sensibles aux langues très imagées, à l’oralité et aux récits proches de la légende.
À éviter si
- Les lecteurs qui attendent une intrigue rapide, un suspense continu ou une psychologie réaliste et détaillée.
- Ceux que rebutent la violence implicite, les personnages peu empathiques et une narration parfois plus descriptive que dramatique.
Forces et limites
Ce qui fonctionne
- Les personnages sont construits comme des présences singulières, avec une cohérence instinctive qui évite les portraits convenus.
- La langue associe précision concrète, ampleur poétique et tonalité orale sans dissoudre les rapports de force sociaux.
- Le livre maintient une ambiguïté morale féconde, montrant la brutalité et la vitalité de ses figures sans les enfermer dans une explication unique.
Ce qui coince
- La structure fondée sur les portraits et les récits successifs peut sembler peu dynamique à qui recherche une intrigue fortement architecturée.
- La stylisation mythique éloigne parfois les personnages d’une compréhension psychologique immédiate, ce qui peut créer une distance avec le lecteur.
Fiche technique
- Auteur
- Jean Giono
- Éditeur
- Gallimard
- Parution
- 1968
- Format
- Poche
- Prix éditeur
- 8,10 €
- ISBN
- 9782070364565
Par la rédaction de Livres et pensées.