
Enfant de salaud
de Sorj Chalandon
4,5/5selon la rédaction
4,3/5 sur Amazon, 906 évaluations, relevé en septembre 2026
Un roman de filiation et de mémoire, tendu par une question morale : peut-on aimer un père dont on découvre les compromissions ?
En bref
Un journaliste assiste au procès de Klaus Barbie, ancien chef de la Gestapo de Lyon, tout en enquêtant sur le passé de son propre père pendant l’Occupation. Le récit entrelace le travail de mémoire, la violence du témoignage et l’impossibilité de réduire les êtres à une vérité simple.
À propos du livre
Le livre met en regard deux affaires de conscience : celle de la justice qui examine les crimes de Klaus Barbie et celle d’un fils confronté aux zones troubles de son histoire familiale. Sorj Chalandon ne traite pas la mémoire comme un simple retour vers le passé. Il en fait une épreuve morale, où la recherche de la vérité menace les récits transmis, les fidélités affectives et l’image que chacun construit de ses proches.
La construction repose sur un va-et-vient entre le procès, les souvenirs et l’enquête personnelle. Cette composition donne au roman une tension documentaire, sans le transformer en récit judiciaire. L’écriture de Chalandon reste sobre, précise et fortement incarnée. Les scènes de parole, les silences et les détails concrets font sentir le poids des témoignages, tandis que la première personne expose directement les hésitations et les contradictions du narrateur.
Enfant de salaud s’inscrit dans l’œuvre de Sorj Chalandon consacrée aux blessures politiques, aux filiations difficiles et aux récits qui façonnent une identité. Comme dans plusieurs de ses romans, l’histoire collective agit ici sur une relation intime. La singularité du livre tient à cette double focale : il ne se contente ni de raconter un procès historique ni d’explorer une querelle familiale, mais montre comment l’une rend l’autre impossible à esquiver.
La force du roman vient de la tension entre l’exigence de vérité et le besoin de préserver un lien filial. Le sujet peut toutefois produire une lecture éprouvante, car les scènes liées aux crimes nazis et les révélations sur le passé familial placent constamment le lecteur dans une position inconfortable. Le livre a été remarqué pour cette articulation entre histoire et intimité, ainsi que pour la netteté avec laquelle il interroge la responsabilité individuelle.
Pour qui
À lire si
- Les lecteurs intéressés par les récits de filiation, lorsque l’histoire familiale se confronte à des faits moralement difficiles.
- Les lecteurs de romans historiques qui privilégient la mémoire, les témoignages et les dilemmes de conscience aux reconstitutions spectaculaires.
- Les lecteurs sensibles à une prose sobre et à des récits construits autour d’une enquête intérieure.
À éviter si
- Les lecteurs qui recherchent une intrigue rapide et un suspense judiciaire classique risquent de trouver la progression trop réflexive.
- Les lecteurs peu disposés à lire des scènes liées aux crimes de la Seconde Guerre mondiale peuvent être rebutés par la gravité du sujet.
Forces et limites
Ce qui fonctionne
- Le roman articule avec précision un procès historique et une crise de la filiation.
- La narration à la première personne rend perceptibles les hésitations morales du narrateur sans les simplifier.
- L’écriture sobre donne aux silences, aux témoignages et aux détails familiaux une forte portée émotionnelle.
Ce qui coince
- Le rapprochement entre le procès de Klaus Barbie et l’histoire personnelle peut sembler parfois très démonstratif, surtout lorsque les deux fils narratifs se répondent directement.
- La gravité constante du sujet laisse peu de place à l’allègement ou à la diversité des tonalités, ce qui peut rendre la lecture pesante.
Fiche technique
- Auteur
- Sorj Chalandon
- Éditeur
- Le Livre de Poche
- Parution
- 2021
- Format
- Poche
- Prix éditeur
- 8,90 €
- ISBN
- 9782253936824
Par la rédaction de Livres et pensées.