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Livres et pensées
Couverture de Encore

Encore

de Hakan Günday

4,5/5selon la rédaction

4,5/5 sur Amazon, 18 évaluations, relevé en septembre 2026

Un roman noir et politique sur la fabrication de la violence, puissant mais éprouvant par sa dureté et son pessimisme.

En bref

Gazâ grandit sur la côte turque, dans l’univers de son père, qui organise le passage clandestin de migrants vers l’Europe. Très tôt confronté à la misère, à la peur et au commerce des êtres humains, il apprend à considérer la violence comme une règle ordinaire. Hakan Günday suit sa formation morale dans un récit tendu, brutal et profondément critique envers les mécanismes qui transforment les hommes en marchandises.

À propos du livre

Le roman explore la déshumanisation à plusieurs niveaux : celle des migrants réduits à des flux, celle des passeurs pris dans une économie de survie et celle d’un enfant auquel les adultes transmettent leurs propres justifications. Le propos ne se limite pas à dénoncer un trafic : il examine la manière dont un système produit ses exécutants, banalise la cruauté et rend la compassion presque impraticable. Cette réflexion donne au livre une portée politique, sans dissocier les enjeux collectifs de la trajectoire intime de Gazâ.

La construction repose sur une progression de l’apprentissage, qui fait sentir la transformation du regard porté sur le monde. Le style est direct, tendu, parfois volontairement sec, avec une violence qui ne cherche pas à être décorative. Günday privilégie l’impact des situations et des idées à une psychologie apaisée ou explicative. Cette écriture place le lecteur dans une position inconfortable : elle impose de regarder les mécanismes de domination sans fournir de distance morale facile.

Dans la littérature turque contemporaine, Hakan Günday s’est fait connaître par des textes qui affrontent les zones les plus sombres de la société et de la conscience. Encore a reçu en France le prix Médicis étranger en 2015, distinction qui a contribué à sa reconnaissance auprès d’un public plus large. Sa réputation tient à l’alliance d’un sujet contemporain, celui des migrations, et d’une forme romanesque radicale, qui refuse de rendre la violence acceptable par l’émotion ou le sentimentalisme.

Pour qui

À lire si

  • Les lecteurs intéressés par les romans politiques qui interrogent concrètement les effets de la violence sociale et des migrations.
  • Les lecteurs prêts à suivre une trajectoire d’apprentissage sombre, portée par une écriture sèche et sans consolation facile.
  • Les amateurs de littérature contemporaine étrangère qui recherchent des textes provocateurs sur la responsabilité et la déshumanisation.

À éviter si

  • Les lecteurs sensibles aux scènes de violence ou à la représentation frontale de la misère risquent de trouver le livre éprouvant.
  • Les lecteurs qui attendent une intrigue centrée sur l’espoir, la rédemption ou des personnages psychologiquement rassurants peuvent être déçus par son pessimisme.

Forces et limites

Ce qui fonctionne

  • Le roman relie un destin individuel aux mécanismes économiques et politiques du trafic de migrants.
  • L’écriture tendue et dépouillée rend sensible la banalisation progressive de la violence.
  • Le livre évite le sentimentalisme et maintient une critique morale inconfortable, sans simplifier les responsabilités.

Ce qui coince

  • La brutalité du sujet et du style laisse peu de moments de respiration, ce qui peut rendre la lecture physiquement et moralement éprouvante.
  • La construction démonstrative donne parfois davantage de force à la thèse du roman qu’à la subtilité de certains personnages.

Fiche technique

Auteur
Hakan Günday
Éditeur
Galaade
Parution
2013
Format
Broché
Prix éditeur
17,88 €
ISBN
9782351763827

Par la rédaction de Livres et pensées.