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Livres et pensées
Couverture de Elles se rendent pas compte

Elles se rendent pas compte

de Boris Vian

3,5/5selon la rédaction

4/5 sur Amazon, 17 évaluations, relevé en septembre 2026

Un roman noir bref et provocateur, intéressant pour son pastiche américain, mais moins abouti que les meilleurs Sullivan.

En bref

Un homme se trouve entraîné dans une affaire de violence, de sexe et de trafics, au contact d’un milieu criminel où les rapports de force changent rapidement. Boris Vian reprend les codes du roman noir américain dans une langue directe, volontairement brutale et souvent ironique.

À propos du livre

Publié sous le pseudonyme de Vernon Sullivan, le livre appartient à la série de romans noirs que Boris Vian composait en pastichant une certaine littérature populaire américaine. La violence, la sexualité et la transgression y sont traitées sans détour, dans une logique de provocation qui vise autant les conventions morales que les attentes du lecteur. Le récit avance dans un univers dominé par la menace, la méfiance et les rapports de domination.

La construction privilégie l’efficacité des scènes et la rapidité des enchaînements plutôt qu’une analyse psychologique approfondie. Vian utilise une narration tendue, des dialogues crus et un humour grinçant qui empêchent le texte de se réduire à un simple exercice de noirceur. Cette distance ironique produit toutefois un effet ambivalent : elle donne du relief au pastiche, mais peut aussi rendre certains personnages plus fonctionnels que véritablement incarnés.

Le livre prend place dans une œuvre où Vian aimait brouiller les frontières entre littérature sérieuse, divertissement et provocation. Les romans signés Sullivan ont contribué à sa réputation sulfureuse, notamment par leur langage et leur goût de la surenchère. Elles se rendent pas compte est moins riche que les textes les plus connus du cycle, mais il éclaire bien la manière dont Vian détourne les codes du polar pour jouer avec le scandale et la satire.

Son intérêt repose surtout sur cette tension entre imitation et parodie. Le roman emprunte au hard-boiled ses personnages soumis à la brutalité, ses situations extrêmes et son rythme sec, tout en laissant affleurer une fantaisie verbale propre à Vian. Cette singularité explique qu’il puisse encore retenir l’attention, malgré une intrigue parfois mécanique et une représentation des femmes et de la sexualité susceptible de paraître datée ou complaisante.

Pour qui

À lire si

  • Les lecteurs intéressés par les romans noirs français qui imitent et détournent les codes du hard-boiled américain.
  • Les amateurs de Boris Vian souhaitant découvrir son versant le plus provocateur, distinct de L’Écume des jours.
  • Les lecteurs à l’aise avec une écriture crue, des situations outrées et une forte part de pastiche.

À éviter si

  • Les lecteurs qui recherchent une intrigue policière réaliste et une enquête construite avec précision risquent de trouver le récit trop schématique.
  • Les lecteurs sensibles aux représentations datées de la sexualité et des rapports entre les hommes et les femmes peuvent être gênés par sa provocation.

Forces et limites

Ce qui fonctionne

  • Le pastiche du roman noir américain est lisible dans le rythme, les dialogues et le goût de la surenchère.
  • L’humour noir et les jeux de langage introduisent une distance qui singularise le récit.
  • La brièveté du texte lui donne une progression rapide et une efficacité certaine.

Ce qui coince

  • Les personnages restent souvent soumis aux mécanismes du genre, ce qui limite leur profondeur psychologique.
  • La provocation sexuelle et la violence paraissent parfois plus démonstratives que véritablement nécessaires au récit.

Fiche technique

Auteur
Boris Vian
Parution
1950
Format
Numérique

Par la rédaction de Livres et pensées.