
Du sang sur la glace
de Jo Nesbø
3,5/5selon la rédaction
3,8/5 sur Amazon, 674 évaluations, relevé en septembre 2026
Un polar noir, bref et stylisé, qui privilégie la voix d’un tueur aux mécanismes classiques de l’enquête.
En bref
À Oslo, Olav Johansen exerce le métier de tueur à gages pour le compte d’un puissant trafiquant. Lorsqu’il reçoit pour mission d’éliminer la femme de son patron, il découvre qu’elle n’est pas une cible comme les autres et que ses propres sentiments compliquent dangereusement le contrat. Le roman adopte le registre du noir, avec une narration à la première personne, sèche, ironique et mélancolique.
À propos du livre
Avec Olav Johansen, Jo Nesbø délaisse le policier chargé d’enquêter pour donner la parole à un homme situé du côté des criminels. Ce déplacement modifie les enjeux habituels du thriller : il ne s’agit pas seulement de comprendre qui menace qui, mais de suivre la logique intime d’un professionnel de la violence confronté à ses propres contradictions. Le roman travaille ainsi la culpabilité, le désir de rédemption et la difficulté à distinguer une décision morale d’un simple réflexe de survie.
La construction est ramassée, presque sèche, et tranche avec l’ampleur des enquêtes consacrées à Harry Hole. La première personne impose le regard limité d’Olav, dont les raisonnements sinueux et les formulations parfois naïves donnent au récit une tonalité singulière. Nesbø associe des scènes de tension très directes à des passages plus contemplatifs, sans chercher à multiplier les fausses pistes. Cette économie narrative favorise le rythme, mais laisse aussi moins de place à l’épaisseur psychologique secondaire.
Dans l’œuvre de Nesbø, ce livre constitue une parenthèse volontairement compacte, davantage proche du roman noir que du thriller policier à enquête. L’auteur y conserve son intérêt pour les personnages abîmés, les milieux criminels et les choix impossibles, tout en adoptant une voix plus dépouillée. Le cadre norvégien n’est pas traité comme un simple décor exotique : Oslo devient un espace froid et hiérarchisé, où la violence économique et la violence physique obéissent à des règles comparables.
La réputation du livre tient notamment à ce changement de perspective et à sa brièveté, qui le rendent accessible aux lecteurs peu enclins aux longues séries policières. En contrepartie, certains personnages et certains rapports de force restent volontairement esquissés, comme si le roman privilégiait l’efficacité d’une fable noire à la complexité d’une vaste intrigue criminelle. Sa réussite dépend donc surtout de l’adhésion à la voix d’Olav et à son mélange d’humour sombre, de naïveté et de fatalisme.
Pour qui
À lire si
- Les lecteurs de romans noirs qui apprécient les narrateurs criminels et les dilemmes moraux plutôt que les enquêtes procédurales.
- Les amateurs de Jo Nesbø qui souhaitent découvrir une œuvre plus courte et plus dépouillée que la série Harry Hole.
- Les lecteurs sensibles aux récits à la première personne, à l’humour sombre et aux personnages en quête de rédemption.
À éviter si
- Les lecteurs qui recherchent une enquête policière détaillée, avec une équipe d’enquêteurs et une résolution fondée sur la collecte d’indices.
- Ceux qui attendent une grande fresque criminelle ou une psychologie très développée pour l’ensemble des personnages.
Forces et limites
Ce qui fonctionne
- Le point de vue d’un tueur à gages renouvelle les conventions du polar criminel.
- La narration à la première personne installe une voix immédiatement identifiable, entre sécheresse, ironie et mélancolie.
- Le format bref maintient une tension régulière sans multiplier les intrigues secondaires.
Ce qui coince
- La brièveté réduit l’ampleur psychologique de plusieurs personnages et de certains rapports de force.
- L’intrigue privilégie l’efficacité du conte noir au réalisme détaillé d’une enquête criminelle.
Fiche technique
- Auteur
- Jo Nesbø
- Éditeur
- Gallimard
- Parution
- 2015
- Format
- Poche
- Prix éditeur
- 8,10 €
- ISBN
- 9782070468997
Par la rédaction de Livres et pensées.