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Livres et pensées
Couverture de Douce, douce vengeance

Douce, douce vengeance

de Jonas Jonasson

3,5/5selon la rédaction

4,4/5 sur Amazon, 232 évaluations, relevé en septembre 2026

Une satire enjouée de la cupidité et des rapports de pouvoir, portée par un récit choral aussi inventif qu’inégal.

En bref

Victor Andersson, marchand d’art suédois sans scrupules, a construit sa réussite en exploitant son entourage, notamment son épouse Jenny et leur fils Kevin. Lorsque les conséquences de ses actes le rattrapent, une entreprise de vengeance se met en place autour de ceux qu’il a trahis. De Stockholm au Kenya, Jonas Jonasson mêle satire sociale, humour noir et situations rocambolesques. Le roman suit plusieurs personnages pris dans une mécanique de représailles où l’art, l’argent et le désir de réparation occupent une place centrale.

À propos du livre

Le livre s’attaque à plusieurs formes de domination ordinaire : l’argent utilisé comme moyen de contrôle, le prestige social transformé en impunité et les relations familiales réduites à des rapports de force. Victor concentre ces travers, mais le roman ne limite pas sa critique au milieu de l’art. À travers les trajectoires de personnages qui cherchent à reprendre le pouvoir sur leur existence, Jonas Jonasson interroge aussi la différence entre justice, vengeance et réparation, sans adopter le ton d’un traité moral.

La construction repose sur une succession de rencontres, de retournements et de coïncidences, selon une logique volontairement excessive. Le récit avance rapidement, avec des chapitres courts et un humour fondé sur le décalage entre la gravité des situations et la froideur avec laquelle elles sont racontées. Cette mécanique produit des scènes efficaces, mais elle laisse parfois les personnages secondaires au rôle de pions dans l’intrigue. La satire gagne en énergie ce qu’elle perd par moments en profondeur psychologique.

Dans l’œuvre de Jonas Jonasson, le roman prolonge la veine des fables contemporaines peuplées de personnages ordinaires confrontés à des événements disproportionnés. Comme dans ses autres livres, l’auteur préfère l’absurde, la caricature et l’emballement narratif à une représentation réaliste des comportements. Cette formule peut séduire par sa liberté et son rythme, mais elle suppose d’accepter une certaine invraisemblance. Le plaisir vient moins de la crédibilité des situations que de la manière dont elles font vaciller les puissants.

La réputation de Jonas Jonasson tient à cette alliance entre comédie populaire, critique des élites et personnages lancés dans des aventures qui dépassent leur cadre initial. Douce, douce vengeance en offre une version cohérente, avec un thème lisible et une intrigue généreuse. Le résultat reste toutefois moins mordant lorsque la caricature remplace l’observation. Le roman convient donc surtout aux lecteurs qui apprécient les récits de revanche à l’humour décalé, davantage qu’aux amateurs de satire réaliste ou de psychologie fouillée.

Pour qui

À lire si

  • Les lecteurs qui aiment les romans choraux, les intrigues de vengeance et les situations volontairement invraisemblables y trouveront une mécanique narrative efficace.
  • Les amateurs d’humour noir et de satire sociale apprécieront la critique de la cupidité, du pouvoir économique et des privilèges.
  • Les lecteurs familiers de Jonas Jonasson retrouveront son goût des personnages excentriques et des enchaînements improbables.

À éviter si

  • Les lecteurs qui recherchent une intrigue réaliste ou une psychologie très développée risquent de trouver les coïncidences et les caricatures trop appuyées.
  • Ceux qui préfèrent un humour discret peuvent être gênés par le ton démonstratif et les situations conçues pour produire l’absurde.

Forces et limites

Ce qui fonctionne

  • La satire des milieux de l’argent et de l’art s’appuie sur des situations concrètes plutôt que sur un simple discours moral.
  • Le récit choral entretient un rythme soutenu et permet de confronter plusieurs conceptions de la justice et de la vengeance.
  • L’humour naît régulièrement du contraste entre la violence des enjeux et la narration volontairement détachée.

Ce qui coince

  • Les coïncidences et les retournements finissent parfois par affaiblir la crédibilité de l’intrigue, même dans le registre burlesque.
  • Plusieurs personnages sont définis par leur fonction comique ou narrative, ce qui limite leur évolution intérieure.

Fiche technique

Auteur
Jonas Jonasson
Éditeur
Pocket
Parution
2020
Format
Poche
Prix éditeur
9,30 €
ISBN
9782266316323

Par la rédaction de Livres et pensées.