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Livres et pensées
Couverture de Des villes dans la plaine

Des villes dans la plaine

de Cormac McCarthy

4,5/5selon la rédaction

4,1/5 sur Amazon, 24 évaluations, relevé en septembre 2026

Un roman de frontière austère et ample, où la violence du monde se heurte à une conception presque chevaleresque de la loyauté.

En bref

En 1952, au Nouveau-Mexique, John Grady Cole et Billy Parham travaillent dans un ranch, parmi les derniers vestiges d’un Ouest en voie de disparition. John Grady tombe amoureux de Magdalena, une jeune Mexicaine enfermée dans un bordel de Juárez, et veut l’arracher à son destin. Troisième volet de la Trilogie des confins, le roman mêle récit d’amour, roman d’apprentissage et méditation sur la fin d’un monde. McCarthy y déploie une prose dépouillée, violente et souvent lyrique, attentive aux paysages comme aux gestes des hommes.

À propos du livre

Des villes dans la plaine place ses personnages dans un moment de bascule historique : l’Ouest mythique n’a pas totalement disparu, mais il ne constitue plus un horizon viable. Les ranchs, les chevaux et les codes de l’honneur subsistent dans un environnement gagné par les frontières administratives, l’argent et la brutalité. L’amour de John Grady ne relève donc pas seulement de la passion individuelle : il exprime aussi la volonté de préserver une forme de dignité dans un monde qui ne lui reconnaît plus de place.

La construction associe une progression romanesque très lisible à de longues scènes de conversation et de contemplation. McCarthy alterne l’économie sèche des dialogues, les descriptions précises du travail et des paysages, et des passages plus métaphysiques où la violence prend une dimension presque cosmique. Cette ampleur peut ralentir le récit, mais elle donne aux événements une gravité particulière. Les ellipses, les silences et la retenue émotionnelle obligent le lecteur à interpréter les motivations plutôt qu’à les recevoir expliquées.

Le roman prolonge les thèmes de la Trilogie des confins : la transmission, la fidélité, la culpabilité et l’impossibilité de vivre selon des valeurs anciennes. John Grady et Billy Parham y apparaissent moins comme des héros triomphants que comme des hommes attachés à une morale devenue anachronique. La relation entre les deux personnages apporte une profondeur discrète au récit, en faisant de leur compagnonnage un contrepoint à l’isolement et à la violence qui entourent l’intrigue.

Ce livre occupe une place importante dans l’œuvre de McCarthy par son équilibre entre le réalisme du western et une vision plus sombre de la condition humaine. Sa réputation tient à la puissance de ses images, à la singularité de sa langue et à sa manière de transformer un récit de frontière en réflexion sur la disparition des mondes. L’ensemble demande toutefois une certaine patience : la narration refuse le confort sentimental et laisse une large part aux zones d’ombre.

Pour qui

À lire si

  • Les lecteurs attirés par les grands romans de frontière, lorsque le western sert aussi à interroger la morale et la disparition d’un monde.
  • Les amateurs d’une prose dense, visuelle et méditative, qui acceptent que les dialogues et les silences portent une part essentielle du sens.
  • Les lecteurs qui souhaitent achever la Trilogie des confins sur un roman plus ample et plus sombre que ses précédents volets.

À éviter si

  • Les lecteurs qui recherchent une histoire d’amour sentimentale, avec des personnages très explicites dans leurs émotions et une résolution rassurante.
  • Les lecteurs peu sensibles aux descriptions longues, aux ellipses narratives et à la violence sèche propre à McCarthy.

Forces et limites

Ce qui fonctionne

  • Les paysages et les gestes du travail donnent au récit une matérialité précise, sans dissiper sa dimension mythique.
  • La langue associe dialogues dépouillés, descriptions concrètes et méditations métaphysiques avec une grande cohérence.
  • Le roman inscrit l’histoire intime de ses personnages dans une réflexion convaincante sur la fin de l’Ouest et de ses valeurs.

Ce qui coince

  • La retenue psychologique et les longs échanges philosophiques peuvent maintenir le lecteur à distance des personnages.
  • La violence et la noirceur du récit laissent peu de place à l’apaisement, ce qui rend la lecture exigeante jusque dans ses moments les plus lyriques.

Fiche technique

Auteur
Cormac McCarthy
Parution
1998
Format
Poche

Par la rédaction de Livres et pensées.