
Demain, et demain, et demain
de Gabrielle Zevin
4,5/5selon la rédaction
4,2/5 sur Amazon, 241 évaluations, relevé en septembre 2026
Un roman ample sur la création, l’amitié et les compromis de la réussite, parfois démonstratif mais porté par des personnages mémorables.
En bref
Sam Masur et Sadie Green se rencontrent enfants dans un hôpital, puis se retrouvent des années plus tard autour d’une passion commune pour les jeux vidéo. Leur collaboration donne naissance à une entreprise florissante, tandis que leur amitié se construit et se fissure au fil des ambitions, des blessures et des choix de vie. Le roman suit leur parcours sur plusieurs décennies, entre récit intime et histoire de création.
À propos du livre
Gabrielle Zevin s’intéresse moins à la technologie pour elle-même qu’à ce qu’elle permet de raconter des relations humaines. Le jeu vidéo devient ici un langage commun, un espace de projection et une œuvre collective, mais aussi une industrie soumise à l’argent, aux rapports de pouvoir et aux contraintes commerciales. Le roman aborde ainsi la créativité, le handicap, le deuil, l’identité et la difficulté de distinguer l’amitié, l’amour et la loyauté professionnelle. Ses thèmes sont nombreux, parfois très explicitement formulés, mais ils restent liés aux trajectoires des personnages.
La construction suit une longue période de la vie de Sam et Sadie, avec des ellipses et des changements de perspective qui donnent au récit une ampleur de saga. Les jeux qu’ils conçoivent servent de miroir aux étapes de leur histoire, sans que le texte exige une connaissance particulière du jeu vidéo. L’écriture est fluide, accessible et souvent très visuelle, avec une place importante accordée aux dialogues et aux scènes de travail. Cette lisibilité favorise l’attachement, même si certaines explications thématiques et certaines coïncidences peuvent paraître appuyées.
Le roman s’inscrit dans une tradition de récits sur les amitiés fondatrices et les collaborations artistiques, tout en choisissant un milieu encore peu représenté dans la littérature générale. Le jeu vidéo n’y est ni un simple décor contemporain ni un prétexte générationnel : il structure la réflexion sur la narration, la répétition, l’échec et la possibilité de recommencer. Cette ambition explique en partie sa large réception, car le livre peut toucher à la fois les lecteurs familiers de cet univers et ceux qui y voient surtout une métaphore de la création.
La force du livre tient à son équilibre entre récit professionnel, chronique sentimentale et réflexion sur les œuvres qui façonnent une vie. Zevin accorde une vraie place aux personnages secondaires et aux conséquences concrètes de la réussite, ce qui évite de réduire le parcours des protagonistes à un simple conte sur l’ambition. Le roman n’échappe toutefois pas à une certaine sentimentalité ni à des passages explicatifs qui soulignent parfois ce que les situations avaient déjà fait comprendre. Son ampleur reste néanmoins cohérente avec le projet d’une histoire consacrée au temps, aux reprises et aux liens durables.
Pour qui
À lire si
- Les lecteurs qui aiment les romans de formation couvrant plusieurs périodes de la vie et mettant l’accent sur l’évolution des relations.
- Les personnes intéressées par la création artistique, les jeux vidéo et les tensions entre liberté créative et logique commerciale.
- Les lecteurs qui recherchent une histoire d’amitié ambitieuse, avec une réflexion accessible sur le deuil, le handicap et la réussite.
À éviter si
- Les lecteurs qui préfèrent une écriture très sobre et implicite risquent de trouver certaines analyses psychologiques trop explicitées.
- Les personnes peu sensibles aux longues chroniques de carrière et aux récits sentimentaux pourront juger le roman trop ample ou trop mélodramatique.
Forces et limites
Ce qui fonctionne
- Le roman fait du jeu vidéo un véritable objet de narration et de réflexion, sans le réserver aux lecteurs spécialistes.
- Les personnages principaux évoluent de manière sensible sous l’effet du temps, de la réussite et des blessures personnelles.
- La structure en saga relie efficacement les enjeux intimes aux transformations d’un secteur créatif.
Ce qui coince
- La sentimentalité et les thèmes parfois surlignés diminuent la subtilité de certains passages, sans annuler leur portée émotionnelle.
- L’ampleur du récit entraîne des longueurs et quelques situations qui semblent davantage conçues pour produire un effet que pour surprendre.
Fiche technique
- Auteur
- Gabrielle Zevin
- Éditeur
- Parution
- 2022
- Format
- Poche
- Prix éditeur
- 10,30 €
- ISBN
- 9782266341554
Par la rédaction de Livres et pensées.