
De quoi sommes-nous contemporains ?
de Marc Abélès
4/5selon la rédaction
Un essai dense sur les transformations du politique, pertinent pour comprendre la mondialisation, mais exigeant par son approche théorique.
En bref
Marc Abélès interroge ce que signifie être contemporain dans un monde marqué par la mondialisation, la circulation des normes et la transformation des pouvoirs. Cet essai d’anthropologie politique déplace le regard vers les pratiques, les institutions et les imaginaires qui structurent notre présent collectif.
À propos du livre
Le livre part d’une question de temporalité autant que de politique : qu’avons-nous en commun lorsque les sociétés ne vivent plus au même rythme et que les décisions se prennent à plusieurs échelles ? Marc Abélès examine les formes contemporaines du pouvoir, en s’intéressant notamment à la déterritorialisation des enjeux et à l’affaiblissement des cadres politiques familiers. L’analyse ne réduit pas la mondialisation à un phénomène économique : elle la considère comme une expérience sociale et institutionnelle qui modifie les rapports entre citoyens, États et organisations transnationales.
L’approche est celle d’un anthropologue, attentive aux pratiques concrètes, aux dispositifs de décision et aux représentations qui accompagnent les mutations politiques. Le propos avance par mise en relation de situations et de concepts, plutôt que par démonstration linéaire. Cette construction permet de faire apparaître des continuités derrière des changements souvent présentés comme entièrement nouveaux, mais elle suppose du lecteur une attention soutenue. Le vocabulaire théorique et la densité des développements donnent à l’ouvrage une tonalité universitaire, sans le limiter à une discussion abstraite.
L’essai s’inscrit dans les recherches de Marc Abélès sur l’anthropologie du politique, l’Europe et la mondialisation. Son intérêt tient à la manière dont il applique le regard anthropologique à des objets généralement traités par la science politique ou la philosophie : les institutions, la gouvernance, les formes de représentation et le sentiment d’appartenance collective. Le livre invite ainsi à ne pas considérer le présent comme une évidence, mais comme une construction historique et politique, traversée de tensions entre proximité et échelle globale.
Ce qui fait la portée de l’ouvrage est moins l’apport d’une thèse unique que le déplacement du regard qu’il propose. Il met en question les catégories héritées, notamment celles qui associent spontanément politique, territoire et souveraineté, et fournit des outils pour penser leur recomposition. En contrepartie, les lecteurs qui recherchent une synthèse immédiatement accessible ou des exemples développés de façon narrative pourront trouver l’ensemble abstrait et parfois peu pédagogique.
Pour qui
À lire si
- Les lecteurs intéressés par l’anthropologie politique et par les transformations de l’État dans le contexte de la mondialisation y trouveront une analyse conceptuelle solide.
- Les étudiants et chercheurs en sciences sociales apprécieront la mise en relation entre pratiques institutionnelles, temporalités sociales et nouvelles échelles du pouvoir.
- Les lecteurs qui cherchent à comprendre les effets politiques de la mondialisation au-delà des seuls indicateurs économiques pourront y trouver un cadre de réflexion utile.
À éviter si
- Les lecteurs qui attendent un essai d’actualité fondé sur des exemples nombreux et immédiatement accessibles risquent de le trouver trop théorique.
- Les lecteurs peu familiers du vocabulaire des sciences sociales peuvent être gênés par la densité du raisonnement et la progression moins narrative.
Forces et limites
Ce qui fonctionne
- L’essai relie de manière cohérente mondialisation, temporalités sociales et transformation des formes politiques.
- Le regard anthropologique renouvelle l’analyse d’objets souvent abordés uniquement sous l’angle institutionnel ou juridique.
- La réflexion met en évidence les tensions entre ancrage territorial, circulation des normes et nouvelles échelles de décision.
Ce qui coince
- La densité conceptuelle ralentit la lecture et rend certains développements moins immédiatement accessibles.
- La construction par notions et rapprochements peut donner une impression de dispersion aux lecteurs qui attendent une thèse plus directement synthétique.
Fiche technique
- Auteur
- Marc Abélès
- Parution
- 2012
- Format
- Broché
Par la rédaction de Livres et pensées.