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Livres et pensées
Couverture de Dall'inferno (Depuis l'enfer)

Dall'inferno (Depuis l'enfer)

de Giorgio Manganelli

4/5selon la rédaction

Un roman expérimental, dense et satirique, à réserver aux lecteurs qui aiment les récits labyrinthiques et la prose très travaillée.

En bref

Un narrateur entraîne le lecteur dans une exploration de l’enfer, moins décrit comme un lieu religieux que comme un espace mental, verbal et bureaucratique. Le récit progresse par visions, détours et méditations, dans une langue baroque où la logique ordinaire se défait progressivement.

À propos du livre

L’enfer de Manganelli n’est pas seulement un décor de supplices. Il devient une machine à interroger le langage, l’identité, la culpabilité et le besoin humain de donner une forme cohérente à ce qui lui échappe. Les figures et les situations rencontrées ont souvent une portée allégorique, mais le livre refuse les interprétations univoques. Sa force tient précisément à cette instabilité : chaque image semble proposer une clé avant de la rendre inutilisable.

La construction privilégie l’errance et la prolifération plutôt qu’une progression romanesque classique. Les épisodes s’enchaînent selon une logique de rêve, d’association et de variation, avec de fréquents glissements entre réflexion, récit et vision. Cette forme exigeante peut désorienter, mais elle donne au texte son mouvement propre. La phrase, ample, ironique et volontiers contournée, transforme les contradictions et les reprises en véritable principe de composition.

Dans l’œuvre de Giorgio Manganelli, ce livre appartient à la veine la plus radicalement expérimentale, celle qui fait du roman un dispositif critique autant qu’une fiction. L’auteur s’inscrit dans une tradition italienne de l’antiroman et de la littérature combinatoire, tout en développant une voix singulière, reconnaissable à son goût des classifications absurdes, des raisonnements poussés jusqu’à l’incohérence et des images qui se contredisent.

La réputation du livre repose moins sur une intrigue mémorable que sur l’expérience de lecture qu’il propose. Il peut se lire par fragments, en acceptant de ne pas tout résoudre et de revenir sur certaines pages pour en apprécier les inflexions. Son humour noir empêche la méditation métaphysique de devenir solennelle, mais sa densité et son abstraction limitent nettement son accessibilité.

Pour qui

À lire si

  • Les lecteurs de littérature expérimentale, d’antiromans et de récits qui font du langage leur principal terrain d’action y trouveront une œuvre particulièrement cohérente.
  • Les amateurs de visions infernales, de satire métaphysique et d’humour noir apprécieront cette relecture très personnelle des imaginaires de l’enfer.
  • Les lecteurs prêts à avancer sans intrigue linéaire pourront profiter pleinement de ses images, de ses détours et de ses jeux de raisonnement.

À éviter si

  • Les lecteurs qui attendent une aventure structurée, des personnages développés et une progression narrative clairement balisée risquent de rester à distance.
  • Ce livre peut décevoir ceux qui recherchent une méditation directement accessible : son ironie et sa prose tortueuse imposent une lecture lente.

Forces et limites

Ce qui fonctionne

  • Le livre transforme l’enfer en laboratoire critique pour le langage, la pensée et les mécanismes de représentation.
  • La prose baroque et ironique possède une cohérence stylistique forte, jusque dans ses détours les plus extravagants.
  • La structure fragmentée entretient une ambiguïté féconde entre récit, essai, vision et satire.

Ce qui coince

  • L’absence de progression narrative traditionnelle rend la lecture discontinue et demande une attention soutenue.
  • La densité des images et des raisonnements peut produire une impression de répétition ou d’opacité, surtout lors d’une première lecture.

Fiche technique

Auteur
Giorgio Manganelli
Éditeur
Christian Bourgois
Parution
1985
Format
Broché
ISBN
9782207234150

Par la rédaction de Livres et pensées.