
D'autres vies que la mienne
de Emmanuel Carrère
4,5/5selon la rédaction
4,2/5 sur Amazon, 1 000 évaluations, relevé en septembre 2026
Un récit sobre et exigeant sur le deuil, la solidarité et la justice, porté par une écriture attentive aux vies ordinaires.
En bref
À partir de plusieurs épreuves, dont le tsunami de 2004 et la maladie qui frappe ses proches, Emmanuel Carrère explore la manière dont les individus affrontent la perte. Le récit s’intéresse aussi au travail de deux juges confrontés au surendettement, dans un registre qui mêle enquête, témoignage et réflexion personnelle.
À propos du livre
Le livre met en regard des expériences très différentes de la souffrance : le deuil familial, la catastrophe collective, la maladie et les difficultés financières. Carrère ne cherche pas à transformer ces situations en leçons générales. Il observe plutôt les gestes, les relations et les décisions par lesquels des personnes continuent d’agir lorsque leurs repères sont bouleversés. La question centrale devient alors celle de la solidarité, non comme idéal abstrait, mais comme pratique concrète, parfois fragile, inscrite dans les liens familiaux, amicaux et professionnels.
La construction repose sur un déplacement constant entre l’intime et le documentaire. L’auteur raconte ce qui le concerne directement, puis s’efface pour laisser apparaître les parcours d’autres personnes, notamment celui de juges engagés dans des affaires de surendettement. Cette circulation donne au récit une dimension d’enquête, sans lui faire perdre sa portée personnelle. La prose est claire, précise et volontairement peu spectaculaire, avec une attention particulière aux paroles rapportées et aux détails qui rendent les situations compréhensibles.
D’autres vies que la mienne occupe une place importante dans l’œuvre d’Emmanuel Carrère, où les frontières entre littérature, autobiographie et récit de réel sont volontairement instables. Le livre prolonge son intérêt pour les destins individuels, tout en marquant un effort de décentrement : le narrateur ne fait pas de sa propre expérience l’unique centre du récit. Sa réputation tient notamment à cette alliance entre sincérité, composition maîtrisée et réflexion morale, sans abandonner la complexité des personnes décrites.
Pour qui
À lire si
- Les lecteurs qui apprécient les récits littéraires de réel, entre autobiographie, enquête et réflexion morale.
- Les lecteurs intéressés par les questions de deuil, de solidarité et de justice sociale, traitées à partir de situations concrètes.
- Les lecteurs sensibles à une prose sobre, précise et attentive aux voix des personnes racontées.
À éviter si
- Les lecteurs qui recherchent une intrigue romanesque traditionnelle, avec une progression narrative et des péripéties clairement identifiables.
- Les lecteurs qui préfèrent une stricte séparation entre récit personnel, reportage et fiction risquent d’être déconcertés par cette forme hybride.
Forces et limites
Ce qui fonctionne
- Le livre relie des expériences intimes et des réalités sociales sans réduire les unes aux autres.
- La construction alterne récit personnel, témoignages et observation du travail judiciaire avec une grande lisibilité.
- L’écriture privilégie la précision des situations et des voix plutôt que l’effet pathétique.
Ce qui coince
- La place du narrateur et ses commentaires peuvent sembler envahissants aux lecteurs qui attendent un récit davantage centré sur les autres personnages.
- Le rythme devient parfois plus analytique dans les passages consacrés aux procédures judiciaires et au surendettement.
Fiche technique
- Auteur
- Emmanuel Carrère
- Éditeur
- Gallimard
- Parution
- 2009
- Format
- Poche
- Prix éditeur
- 9,50 €
- ISBN
- 9782072722325
Par la rédaction de Livres et pensées.