
Cris
de Laurent Gaudé
4/5selon la rédaction
4,5/5 sur Amazon, 743 évaluations, relevé en septembre 2026
Un roman de guerre bref et polyphonique, porté par une langue incantatoire qui donne une force collective à l’expérience des tranchées.
En bref
Dans les tranchées de la Première Guerre mondiale, des soldats affrontent la peur, l’attente, la boue et la violence des combats. Le récit fait entendre plusieurs voix, qui composent une vision fragmentée et presque hallucinée de la guerre.
À propos du livre
Cris ne cherche pas à restituer la Première Guerre mondiale par une fresque historique détaillée. Le roman se concentre sur l’expérience physique et mentale des combattants, sur la claustrophobie des tranchées, la proximité de la mort et la difficulté de rester un homme dans un univers soumis aux obus et aux ordres. La guerre y apparaît moins comme un événement stratégique que comme une épreuve collective, qui déforme les perceptions et brouille les repères moraux.
La construction polyphonique est au cœur du projet. Les voix se succèdent, se répondent et parfois se mêlent, sans installer un narrateur unique chargé d’expliquer les événements. Cette fragmentation restitue la confusion du front et permet de faire varier les sensibilités, entre lucidité, panique, solidarité et épuisement. La prose de Gaudé est tendue, rythmée, souvent proche de la prière ou de l’incantation, avec une intensité qui privilégie les sensations et les images plutôt que l’analyse psychologique classique.
Premier roman de Laurent Gaudé, Cris annonce plusieurs traits de son œuvre : le goût des récits choraux, l’attention portée aux êtres confrontés à une violence historique et une écriture qui cherche une dimension presque tragique. Le livre est plus proche du poème dramatique que du roman réaliste traditionnel. Cette forme ramassée lui permet de produire une impression durable, mais elle laisse aussi moins de place aux développements historiques, sociaux ou individuels.
La réputation du roman tient notamment à cette adéquation entre son sujet et sa forme. Les cris du titre ne sont pas seulement ceux des soldats sous le feu, ils évoquent aussi une parole qui tente de survivre au vacarme et à l'absurdité. Le texte peut sembler appuyé par moments, tant son lyrisme est volontairement marqué, mais cette ampleur donne au récit une cohérence et une vraie puissance de lecture.
Pour qui
À lire si
- Les lecteurs qui recherchent un roman de guerre bref, centré sur les sensations, la peur et la fraternité plutôt que sur les opérations militaires.
- Les amateurs de récits polyphoniques et d'une prose lyrique, rythmée par des voix et des images fortes.
- Les lecteurs qui souhaitent découvrir les premiers textes de Laurent Gaudé et les motifs qui traversent son œuvre.
À éviter si
- Les lecteurs qui attendent une reconstitution historique documentée, avec des repères précis sur les batailles, les armées et la stratégie.
- Les lecteurs peu sensibles au lyrisme dramatique ou aux récits fragmentés, qui peuvent trouver la forme trop incantatoire.
Forces et limites
Ce qui fonctionne
- La polyphonie fait percevoir la guerre comme une expérience collective sans effacer la singularité des voix.
- La prose rythmée et sensorielle traduit efficacement la claustration, la peur et la désorientation des soldats.
- La brièveté du récit maintient une forte tension et évite que le propos ne se dilue dans des développements secondaires.
Ce qui coince
- Le lyrisme très marqué peut donner à certaines scènes une solennité insistante, qui atténue parfois leur effet de réel.
- La fragmentation limite l'approfondissement psychologique des personnages et des contextes historiques.
Fiche technique
- Auteur
- Laurent Gaudé
- Éditeur
- Le Livre de Poche
- Parution
- 2001
- Format
- Poche
- Prix éditeur
- 5,20 €
- ISBN
- 9782253108603
Par la rédaction de Livres et pensées.