
Contre-histoire de la philosophie, tome 5 : L'eudémonisme social
de Michel Onfray
3,5/5selon la rédaction
4,5/5 sur Amazon, 33 évaluations, relevé en septembre 2026
Une lecture engagée des philosophies sociales du XIXe siècle, stimulante par ses rapprochements, mais souvent trop polémique dans ses oppositions.
En bref
Dans ce cinquième volume, Michel Onfray poursuit son histoire parallèle de la philosophie en s’intéressant aux pensées qui cherchent le bonheur dans l’organisation sociale plutôt que dans la seule vie intérieure. Il examine notamment les courants socialistes et libertaires du XIXe siècle, leurs projets de transformation collective et leurs critiques de l’ordre établi. L’ouvrage relève à la fois de l’histoire des idées, de l’essai polémique et du cours de philosophie accessible.
À propos du livre
Michel Onfray étudie ici l’eudémonisme social, c’est-à-dire les doctrines qui font du bonheur terrestre un objectif politique et collectif. Le livre s’intéresse aux philosophies sociales qui refusent de réduire l’émancipation à une conversion morale individuelle. Il met en évidence leurs conceptions du travail, de la propriété, de l’éducation, de la coopération et de la liberté, tout en les replaçant dans les tensions du XIXe siècle industriel. L’enjeu n’est pas seulement de restituer des théories, mais de montrer ce qu’elles proposent comme formes concrètes de vie commune.
Comme dans les autres volumes de la Contre-histoire de la philosophie, Onfray construit son propos par filiations, rapprochements et confrontations. Sa méthode privilégie les penseurs minorés par le récit philosophique académique, notamment les socialistes utopiques et les penseurs libertaires, plutôt que la seule succession des grands systèmes consacrés. L’écriture, issue d’un enseignement oral, reste directe et pédagogique. Elle facilite l’entrée dans des doctrines parfois complexes, mais elle laisse aussi place à des jugements tranchés et à une lecture très personnelle des rapports entre idées, morale et politique.
Ce tome occupe une place importante dans le projet général d’Onfray : après les sagesses antiques, le christianisme et les Lumières radicales, il suit la formation de philosophies préoccupées par les conditions matérielles de l’existence. Le bonheur y devient un problème de société, lié aux institutions et aux rapports économiques. Cette perspective permet de relier des auteurs souvent étudiés séparément, mais elle tend parfois à organiser leur diversité autour d’une opposition trop nette entre une philosophie officielle, présentée comme idéaliste, et une tradition dissidente, présentée comme plus proche de la vie.
La réputation du volume tient à cette capacité de synthèse et à son refus des découpages universitaires habituels. Le lecteur y trouve une cartographie lisible de pensées sociales souvent évoquées par fragments, ainsi qu’une interprétation cohérente de leur ambition émancipatrice. En revanche, l’ouvrage demande de distinguer les analyses historiques des prises de position de l’auteur. Les formules polémiques donnent de l’énergie au texte, mais elles peuvent simplifier les désaccords entre courants et réduire la part d’ambivalence de certains projets politiques.
Pour qui
À lire si
- Les lecteurs qui veulent découvrir les socialismes utopiques et les philosophies libertaires dans une synthèse accessible et interprétative.
- Les lecteurs intéressés par les liens entre bonheur, organisation sociale, critique économique et émancipation politique.
- Les lecteurs qui apprécient les essais de philosophie engagés, construits autour d’une thèse clairement assumée.
À éviter si
- Les lecteurs qui recherchent une histoire strictement neutre et universitaire de la philosophie sociale, car l’interprétation d’Onfray est explicitement polémique.
- Les lecteurs peu sensibles aux longues mises en perspective ou aux oppositions idéologiques marquées risquent de trouver la démonstration répétitive.
Forces et limites
Ce qui fonctionne
- Le livre rend lisibles des doctrines sociales souvent dispersées dans l’histoire de la philosophie.
- Il relie les conceptions du bonheur aux questions concrètes du travail, de la propriété et de l’organisation collective.
- La structure pédagogique permet de suivre une progression historique et conceptuelle sans présupposer une spécialisation approfondie.
Ce qui coince
- La thèse de la contre-histoire conduit parfois à opposer trop simplement pensée officielle et traditions marginalisées.
- Le ton polémique et les jugements de valeur prennent parfois le pas sur la restitution nuancée des désaccords entre auteurs.
Fiche technique
- Auteur
- Michel Onfray
- Éditeur
- Le Livre de Poche
- Parution
- 2008
- Format
- Poche
- Prix éditeur
- 7,90 €
- ISBN
- 9782253084549
Par la rédaction de Livres et pensées.