
Contre ce monde sans amour
de Susan Abulhawa
4/5selon la rédaction
5/5 sur Amazon, 1 évaluations, relevé en septembre 2026
Un roman politique et intime, porté par une héroïne combative, mais parfois alourdi par son lyrisme et son ambition démonstrative.
En bref
Nahr, Palestinienne née au Koweït, raconte depuis une prison son enfance, ses exils et les épreuves qui ont façonné sa vie. Son parcours traverse plusieurs territoires du Moyen-Orient et se heurte à la dépossession, à la guerre, à l’oppression politique et aux contraintes imposées aux femmes.
À propos du livre
Susan Abulhawa inscrit le destin de Nahr dans l’histoire contemporaine palestinienne, sans réduire son personnage à une simple victime du conflit. Le roman explore la dépossession, l’exil, la pauvreté et la violence politique, mais aussi les solidarités qui permettent de survivre. La question de l’émancipation féminine est centrale : Nahr doit constamment négocier avec les normes familiales, sociales et religieuses, dans des sociétés où les décisions prises pour elle pèsent sur son corps et son avenir.
Le récit adopte une construction rétrospective : depuis l’enfermement, Nahr recompose son existence par fragments, en reliant souvenirs personnels et événements historiques. Cette structure donne au témoignage une dimension de confession, tout en maintenant une tension entre mémoire intime et récit collectif. L’écriture est ample, directe et volontiers lyrique. Elle privilégie les émotions fortes et les images symboliques, ce qui rend certaines scènes très expressives, mais peut aussi accentuer l’impression de démonstration.
Le livre s’inscrit dans la continuité des romans de Susan Abulhawa consacrés à la Palestine et aux vies bouleversées par l’exil. Comme dans ses autres textes, l’histoire politique passe par une trajectoire familiale et affective, plutôt que par une analyse documentaire. Cette approche rend les enjeux accessibles à un large lectorat et donne un visage concret à des réalités historiques complexes. Elle expose aussi le roman au risque du mélodrame, lorsque la succession des épreuves semble parfois destinée à produire une réaction plus qu’à laisser place à l’ambiguïté.
La force du livre tient à son refus de séparer l’intime du politique : les blessures individuelles ne sont jamais présentées comme indépendantes des rapports de pouvoir. La voix de Nahr donne également une place importante au désir, à la honte, à la colère et au besoin de dignité, dimensions souvent effacées des récits de guerre. Cette perspective féminine enrichit le roman, même si certains personnages secondaires restent davantage au service du parcours de l’héroïne qu’ils ne gagnent une pleine autonomie narrative.
Pour qui
À lire si
- Les lecteurs qui cherchent un roman engagé sur la Palestine, abordée à travers une destinée individuelle plutôt que par un récit historique.
- Les lecteurs sensibles aux fresques familiales, aux récits d’exil et aux héroïnes confrontées à des formes multiples de domination.
- Les lecteurs qui apprécient une écriture lyrique et une narration mêlant mémoire personnelle et histoire collective.
À éviter si
- Les lecteurs qui préfèrent une narration strictement linéaire et une retenue stylistique risquent de trouver la construction et le lyrisme parfois appuyés.
- Les lecteurs qui attendent une analyse géopolitique équilibrée ou documentaire pourraient être gênés par la primauté donnée à l’émotion et au point de vue romanesque.
Forces et limites
Ce qui fonctionne
- Le roman relie avec cohérence les violences historiques aux conséquences concrètes sur une vie familiale et affective.
- La narration rétrospective donne à la mémoire de Nahr une vraie fonction dramatique, sans la réduire à un simple procédé d’exposition.
- La perspective d’une femme palestinienne permet d’aborder la dépossession, le désir et la résistance au-delà des seuls récits militaires ou diplomatiques.
Ce qui coince
- L’accumulation des épreuves et des déplacements peut produire un effet mélodramatique qui affaiblit parfois la nuance psychologique.
- Certains personnages secondaires sont surtout construits pour représenter une situation ou une idée, ce qui limite leur épaisseur romanesque.
Fiche technique
- Auteur
- Susan Abulhawa
- Éditeur
- Parution
- 2020
- Format
- Poche
- Prix éditeur
- 18,90 €
- ISBN
- 9782266359085
Par la rédaction de Livres et pensées.