
Comment Wang-Fô fut sauvé
de Marguerite Yourcenar
4,5/5selon la rédaction
4,6/5 sur Amazon, 319 évaluations, relevé en septembre 2026
Un conte bref et dense, où la beauté picturale devient une force de résistance face au pouvoir et à la réalité.
En bref
Dans la Chine impériale, le vieux peintre Wang-Fô parcourt les routes avec son disciple Ling. Son art, admiré pour sa capacité à rendre le monde plus vrai que nature, attire l’attention de l’empereur, qui lui réserve pourtant un traitement inattendu. Ce conte aux accents légendaires explore la puissance de la création, la relation entre le maître et l’élève, et la frontière incertaine entre l’œuvre et le réel.
À propos du livre
Sous l’apparence d’un récit merveilleux, Marguerite Yourcenar met en tension deux conceptions du monde. Wang-Fô regarde la réalité comme une matière à transformer, tandis que le pouvoir impérial voudrait la posséder, la fixer et la soumettre à son propre ordre. Le conte interroge ainsi la liberté de l’artiste, mais aussi le prix de la beauté lorsqu’elle refuse de se plier aux exigences politiques. La peinture n’y est pas un simple décor : elle devient une manière de connaître et de résister.
La construction est volontairement dépouillée, proche de la légende ou du récit traditionnel. Chaque scène semble organisée autour d’une image, d’un paysage ou d’un geste, avec une prose précise qui privilégie les contours et les couleurs. Yourcenar évite le pittoresque abondant : la Chine ancienne est moins reconstituée historiquement que stylisée en espace symbolique. Cette retenue donne au texte une grande lisibilité, tout en laissant affleurer des questions complexes sur l’illusion, la perception et la valeur de l’art.
Cette nouvelle occupe une place représentative dans l’œuvre de Yourcenar, notamment par son goût pour les civilisations anciennes, les figures d’artistes et les récits qui donnent une portée philosophique à une intrigue concise. Elle appartient aux Nouvelles orientales, ensemble où l’autrice revisite des motifs légendaires sans chercher à reproduire mécaniquement une tradition. Sa réputation tient à cet équilibre rare entre simplicité narrative et densité interprétative : le texte peut se lire comme un conte, puis se prolonger longtemps comme une parabole sur la création.
Pour qui
À lire si
- Les lecteurs qui aiment les contes philosophiques trouveront ici un récit court, symbolique et immédiatement lisible.
- Les amateurs de prose travaillée apprécieront une écriture visuelle, précise et construite autour de motifs picturaux.
- Les lecteurs intéressés par les rapports entre art et pouvoir y trouveront une réflexion dense sans développement théorique pesant.
À éviter si
- Les lecteurs qui recherchent une reconstitution historique détaillée de la Chine ancienne risquent de rester à distance, car le récit privilégie la légende et la stylisation.
- Les lecteurs peu sensibles aux textes symboliques peuvent juger la portée philosophique trop appuyée par rapport à la brièveté de l’intrigue.
Forces et limites
Ce qui fonctionne
- La prose transforme les paysages et les gestes en images nettes, sans surcharge descriptive.
- Le récit donne une portée politique et esthétique à une intrigue très resserrée.
- La relation entre Wang-Fô et Ling fournit une dimension affective discrète mais essentielle au conte.
Ce qui coince
- La stylisation des personnages les rend parfois plus exemplaires que véritablement individuels.
- La symbolique est suffisamment lisible pour paraître, par endroits, insistante.
Fiche technique
- Auteur
- Marguerite Yourcenar
- Éditeur
- Gallimard
- Parution
- 1936
- Format
- Poche
- Prix éditeur
- 4,50 €
- ISBN
- 9782072770579
Par la rédaction de Livres et pensées.