
Ce que nous avons perdu dans le feu
de Mariana Enriquez
4/5selon la rédaction
4,1/5 sur Amazon, 66 évaluations, relevé en septembre 2026
Un recueil de fantastique social, sombre et incisif, pour les lecteurs qui acceptent une horreur davantage suggérée que démonstrative.
En bref
Dans Buenos Aires et ses environs, des femmes, des enfants et des marginaux affrontent la violence sociale, les hantises familiales et des phénomènes inquiétants. Mariana Enriquez mêle fantastique, horreur et observation politique dans des nouvelles où le quotidien devient progressivement menaçant.
À propos du livre
Le recueil fait de la ville un espace de peur très concret. Les quartiers populaires, les maisons abandonnées, les transports et les lieux de sociabilité portent les traces de la pauvreté, de la violence faite aux femmes et des traumatismes collectifs. Le surnaturel ne constitue pas une échappatoire à ces réalités : il les rend visibles sous une forme plus trouble. Les fantômes, les corps altérés et les disparitions prolongent ainsi des blessures déjà présentes dans le monde social.
Mariana Enriquez construit ses nouvelles par insinuation. Une situation banale, racontée avec une précision presque documentaire, se dérègle par touches successives, sans que tout soit nécessairement expliqué. Cette retenue donne aux textes leur inquiétude, mais elle laisse aussi plusieurs récits sur une impression d'inachèvement. L'écriture reste nerveuse, sensorielle et souvent très visuelle, avec une attention particulière aux odeurs, aux matières et aux signes de décomposition. La violence est frontale dans ses effets, sans devenir un simple ressort spectaculaire.
Le livre s'inscrit dans une tradition du fantastique latino-américain qui associe l'étrange à l'histoire politique et aux fractures sociales. Enriquez y ajoute une sensibilité contemporaine, notamment dans sa représentation de la peur féminine, de la domination et des corps considérés comme déviants. Le recueil ne cherche pas à installer une mythologie cohérente : chaque nouvelle possède son rythme, son degré d'explication et sa manière de faire entrer l'inquiétude dans le réel. Cette diversité nourrit sa force, tout en accentuant les écarts de réussite entre les textes.
La réputation du livre tient à cette alliance entre efficacité horrifique et portée sociale. Les images restent en mémoire parce qu'elles ne sont jamais séparées d'un contexte de précarité, de violence ou d'abandon. Certains lecteurs pourront toutefois trouver l'atmosphère plus convaincante que les personnages, parfois réduits à leur fonction dans le dispositif de peur. Le recueil demeure particulièrement représentatif de l'art d'Enriquez : produire un malaise durable en refusant de distinguer nettement le surnaturel des violences ordinaires.
Pour qui
À lire si
- Les lecteurs de nouvelles fantastiques qui apprécient les récits ouverts, les atmosphères oppressantes et les explications incomplètes.
- Les lecteurs intéressés par une littérature de l'horreur attentive aux rapports de pouvoir, à la violence sociale et à la condition féminine.
- Les amateurs de littérature latino-américaine contemporaine qui cherchent une œuvre urbaine, politique et peu conventionnelle.
À éviter si
- Les lecteurs qui attendent des intrigues longues, des personnages développés sur la durée et des dénouements clairement expliqués risquent de rester à distance.
- Les lecteurs sensibles aux descriptions de violence corporelle, de maltraitance et de situations profondément anxiogènes peuvent trouver plusieurs nouvelles éprouvantes.
Forces et limites
Ce qui fonctionne
- Le fantastique s'enracine dans des réalités sociales précises, ce qui évite de réduire l'horreur à un simple effet de genre.
- Les descriptions sensorielles installent une inquiétude progressive, souvent plus persistante que les scènes de violence elles-mêmes.
- La diversité des situations et des tonalités donne au recueil une véritable amplitude thématique.
Ce qui coince
- La qualité des nouvelles est inégale, certaines impressions fortes reposant sur des situations moins abouties.
- L'ellipse et l'ambiguïté, efficaces pour maintenir le malaise, peuvent frustrer les lecteurs qui attendent une résolution narrative.
Fiche technique
- Auteur
- Mariana Enriquez
- Parution
- 2016
- Format
- Poche
Par la rédaction de Livres et pensées.