
Blake et Mortimer, tome 6, La Marque Jaune
de Edgar P. Jacobs
4,5/5selon la rédaction
4,8/5 sur Amazon, 230 évaluations, relevé en septembre 2026
Un classique fondateur de la bande dessinée franco-belge, remarquable par son atmosphère, mais parfois alourdi par son didactisme.
En bref
À Londres, une série de crimes spectaculaires est revendiquée par un mystérieux adversaire qui signe ses méfaits d’un « M » jaune. Le professeur Philip Mortimer et le capitaine Francis Blake se lancent dans une enquête où se mêlent science, menace criminelle et poursuites urbaines.
À propos du livre
La force du récit tient à la manière dont Jacobs transforme Londres en décor de crise. Les rues, les monuments, les laboratoires et les souterrains ne servent pas seulement de toile de fond : ils organisent la progression de l’enquête et donnent au danger une dimension presque architecturale. La menace reste longtemps insaisissable, tandis que les héros tentent de relier des événements apparemment dispersés. Le livre associe ainsi le policier classique, le feuilleton d’aventures et une fascination très marquée pour les possibilités inquiétantes de la science.
La construction repose sur une montée régulière de la tension, ponctuée de scènes d’exposition, de filatures et de confrontations. Jacobs prend le temps d’installer les lieux et les circonstances, ce qui produit une lecture plus ample que celle d’une bande dessinée d’action contemporaine. Son découpage privilégie la lisibilité et la précision des décors. Les dialogues, souvent abondants et explicatifs, peuvent ralentir le rythme, mais ils contribuent aussi à cette tonalité de récit scientifique et d’enquête méthodique qui caractérise la série.
La Marque Jaune occupe une place centrale dans l’histoire de Blake et Mortimer et dans l’imaginaire de la bande dessinée franco-belge. Le dessin réaliste, la composition très contrôlée des planches et l’usage dramatique des ombres ont durablement fixé l’identité visuelle de la série. L’album est également représentatif d’une époque où l’aventure destinée à la jeunesse pouvait développer une intrigue complexe, inquiète et relativement longue, sans renoncer à une grande clarté narrative.
Sa réputation repose moins sur la seule énigme criminelle que sur la cohérence de son univers et sur la puissance de quelques images devenues emblématiques. Le lecteur y trouve une aventure qui demande de l’attention, avec une progression fondée sur l’observation plutôt que sur la vitesse. En contrepartie, la solennité du ton, les explications techniques et certaines conventions de caractérisation peuvent sembler datées. Ces traits font partie de son charme historique, mais ils ne conviendront pas à ceux qui recherchent une narration plus nerveuse ou plus naturelle.
Pour qui
À lire si
- Les lecteurs qui apprécient les enquêtes à énigme, les récits d’aventures construits avec méthode et les décors urbains fortement exploités y trouveront une intrigue dense.
- Les amateurs de patrimoine franco-belge pourront mesurer l’influence de son dessin réaliste, de son découpage classique et de son atmosphère nocturne.
- Les lecteurs sensibles aux récits de science-fiction ancienne apprécieront le mélange de rationalité, de menace technologique et de merveilleux scientifique.
À éviter si
- Les lecteurs qui privilégient les dialogues spontanés, le rythme rapide et une psychologie très développée risquent de trouver l’album trop explicatif et théâtral.
- Ceux qui recherchent une bande dessinée contemporaine, concise et débarrassée des conventions du feuilleton pourront être gênés par son ton solennel et ses longues scènes d’exposition.
Forces et limites
Ce qui fonctionne
- Les décors londoniens sont dessinés avec une précision qui renforce directement la tension de l’enquête.
- L’intrigue combine efficacement mystère criminel, aventure et imaginaire scientifique sans perdre son fil directeur.
- Le découpage très lisible et la mise en scène des ombres donnent aux scènes nocturnes une véritable force dramatique.
Ce qui coince
- Les dialogues explicatifs et les informations techniques ralentissent parfois la progression, surtout dans les passages consacrés à l’enquête.
- Les personnages restent davantage définis par leur fonction et leur rôle dans l’aventure que par une psychologie nuancée, ce qui peut accentuer l’impression de rigidité.
Fiche technique
- Auteur
- Edgar P. Jacobs
- Éditeur
- Blake et Mortimer
- Parution
- 1956
- Format
- Relié
- Prix éditeur
- 17,50 €
- ISBN
- 9782870971703
Par la rédaction de Livres et pensées.