
Blacksad, tome 6 : Alors, tout tombe. Première partie
de Juan Díaz Canales et Juanjo Guarnido
4,5/5selon la rédaction
4,8/5 sur Amazon, 534 évaluations, relevé en septembre 2026
Un épisode très maîtrisé, plus politique et ample, dont la construction en deux parties impose une lecture prolongée.
En bref
Dans le New York du début des années 1950, John Blacksad se retrouve mêlé à une enquête où s’affrontent ambitions personnelles, intérêts financiers et rapports de pouvoir. Cette première partie installe une intrigue de polar noir, dense et chorale, qui élargit l’univers de la série sans renoncer à ses codes.
À propos du livre
Ce sixième album déplace l’enquête de Blacksad vers un milieu dominé par les grands projets urbains, l’argent et les rivalités d’influence. Le récit s’intéresse moins à un simple mystère criminel qu’aux mécanismes de pouvoir qui entourent le crime, avec une toile de fond sociale et politique plus visible que dans certains épisodes précédents. Les rapports entre intérêts privés, institutions et monde ouvrier donnent à l’affaire une portée collective, sans transformer la bande dessinée en démonstration didactique.
Juan Díaz Canales construit une intrigue ample, peuplée de personnages secondaires et de lignes narratives qui se croisent progressivement. Le choix d’une histoire publiée en deux parties permet de développer les enjeux et les alliances, mais prive nécessairement ce premier volume d’une résolution complète. La narration conserve les ressorts du hard-boiled, avec une enquête menée par un détective solitaire, des zones d’ombre et une atmosphère de suspicion. Le rythme privilégie l’installation et la montée des tensions plutôt qu’une succession de rebondissements autonomes.
Le dessin de Juanjo Guarnido reste le principal instrument de caractérisation. Chaque personnage animalier possède une silhouette, une gestuelle et une expressivité qui prolongent sa fonction sociale, tandis que les décors reconstituent un New York marqué par la verticalité, les chantiers et les contrastes de richesse. La mise en scène alterne plans larges et cadrages très composés, avec un usage précis de la couleur pour installer les ambiances nocturnes, urbaines ou mondaines. La virtuosité visuelle sert ainsi le récit au lieu de s’y substituer.
Cet album s’inscrit dans la continuité d’une série reconnue pour son mélange de roman noir, de critique sociale et de références au cinéma classique. Il peut se lire après les précédents volumes, mais son intrigue plus développée et son découpage en deux temps le rendent moins immédiatement satisfaisant qu’un épisode indépendant. Sa réputation repose surtout sur la cohérence entre le scénario et l’univers graphique, ainsi que sur la capacité de la série à renouveler ses décors et ses enjeux tout en conservant l’identité de Blacksad.
Pour qui
À lire si
- Les lecteurs de bandes dessinées policières qui apprécient les intrigues de pouvoir, les atmosphères de film noir et les enquêtes construites sur plusieurs niveaux.
- Les amateurs de dessin réaliste et de mise en scène détaillée, pour qui les décors et les expressions comptent autant que l’action.
- Les lecteurs déjà attachés à Blacksad, qui retrouveront ses codes tout en découvrant une intrigue plus politique et plus ample.
À éviter si
- Les lecteurs qui cherchent une enquête entièrement résolue dans un seul album risquent de rester sur une attente, puisque ce volume constitue la première moitié du récit.
- Les lecteurs peu sensibles aux récits de polar très référencés ou aux intrigues chorales peuvent trouver l’exposition parfois chargée.
Forces et limites
Ce qui fonctionne
- Le dessin de Juanjo Guarnido donne à chaque personnage une présence immédiatement lisible et renouvelle constamment l’intérêt des décors.
- Le scénario élargit l’enquête policière à des rapports de pouvoir économiques et sociaux sans abandonner les codes du roman noir.
- La construction chorale installe plusieurs tensions narratives avec une progression maîtrisée vers la suite.
Ce qui coince
- Le découpage en deux parties laisse plusieurs enjeux en suspens et réduit l’autonomie de cet album.
- La multiplication des personnages et des intérêts en présence demande une attention soutenue, surtout dans les premières scènes.
Fiche technique
- Auteur
- Juan Díaz Canales et Juanjo Guarnido
- Éditeur
- Dargaud
- Parution
- 2021
- Format
- Relié
- Prix éditeur
- 18,00 €
- ISBN
- 9782205078046
Par la rédaction de Livres et pensées.