
Astérix, Le devin, n°19
de René Goscinny et Albert Uderzo
4,5/5selon la rédaction
4,8/5 sur Amazon, 596 évaluations, relevé en septembre 2026
Un album fondé sur la crédulité, la peur et le plaisir du malentendu, porté par un scénario particulièrement inventif.
En bref
Un devin de passage sème le trouble dans le village gaulois en annonçant à chacun un avenir conforme à ses espoirs. Tandis que certains habitants se laissent convaincre, Astérix et quelques autres restent méfiants, au grand désarroi du devin et de ses admirateurs. La situation attire bientôt l’attention des Romains, qui voient dans cette croyance une occasion d’affaiblir le village. L’album joue sur les prédictions, les interprétations et les réactions collectives, dans un registre comique où la satire des superstitions rejoint l’affrontement traditionnel entre Gaulois et Romains.
À propos du livre
Le sujet central est la facilité avec laquelle une parole vague peut devenir une vérité dès lors qu’elle confirme les attentes de ceux qui l’écoutent. Goscinny exploite cette mécanique pour observer la peur, l’espoir et la vanité avec une ironie constante. Le devin n’est pas seulement un personnage comique : il révèle les fragilités d’une communauté habituellement présentée comme soudée et invulnérable. La critique reste légère, mais elle vise juste, notamment lorsque la croyance individuelle devient un phénomène collectif.
La construction repose sur une succession de prédictions, de malentendus et de réactions en chaîne. Chaque personnage interprète les paroles du devin selon ses préoccupations, ce qui permet au scénario de multiplier les retournements sans perdre sa lisibilité. Les dialogues sont particulièrement efficaces, avec des formules qui condensent le caractère de chacun et des quiproquos qui avancent réellement l’action. Le dessin d’Uderzo accompagne cette mécanique par une mise en scène très expressive des foules, des regards et des scènes de panique.
Le neuvième album de la série appartient à la période où son univers et ses ressorts comiques sont pleinement installés. Il reprend les éléments familiers de la série, le village, les Romains, les disputes et la résistance d’Astérix, mais les organise autour d’un thème moins directement guerrier. La force de l’album tient à cette variation : le conflit naît d’une croyance et de ses conséquences, plutôt que d’une simple attaque romaine. Le récit conserve ainsi l’identité de la série tout en déplaçant son moteur comique.
La réputation de l’album s’explique par l’équilibre entre une aventure accessible aux jeunes lecteurs et plusieurs niveaux de lecture pour les adultes. Les prédictions permettent des gags immédiats, tandis que la satire des crédulités humaines donne au récit une portée plus durable. Certaines plaisanteries dépendent toutefois de références ou de formulations propres à l’époque, et la structure très régulière peut sembler familière à qui connaît bien la série. Cela n’empêche pas l’album de rester représentatif de son meilleur registre comique.
Pour qui
À lire si
- Les lecteurs qui apprécient les scénarios fondés sur les quiproquos et les effets en chaîne y trouveront une mécanique comique particulièrement bien maîtrisée.
- Les familles peuvent le lire à plusieurs niveaux, entre gags visuels immédiats et satire des superstitions et de la crédulité.
- Les amateurs d’Astérix souhaitant retrouver le village gaulois dans une intrigue moins centrée sur la bataille y trouveront une variation réussie.
À éviter si
- Les lecteurs peu sensibles à l’humour répétitif, aux jeux de mots et aux affrontements codifiés entre Gaulois et Romains peuvent trouver la formule trop balisée.
- Ceux qui recherchent une intrigue réaliste ou une évolution psychologique approfondie des personnages resteront à distance de cette bande dessinée comique.
Forces et limites
Ce qui fonctionne
- Le scénario transforme la crédulité collective en moteur d’une série de malentendus clairement enchaînés.
- Les dialogues caractérisent rapidement les personnages tout en produisant des gags qui servent l’action.
- Le dessin d’Albert Uderzo rend lisibles les mouvements de foule, les réactions physiques et les scènes de confusion.
Ce qui coince
- La structure très régulière et les ressorts comiques récurrents peuvent donner une impression de déjà-vu aux lecteurs familiers de la série.
- Certaines allusions et formulations ont une tonalité datée, même si elles ne gênent pas la compréhension de l’ensemble.
Fiche technique
- Auteur
- René Goscinny et Albert Uderzo
- Éditeur
- Hachette
- Parution
- 1972
- Format
- Relié
- Prix éditeur
- 10,99 €
- ISBN
- 9782012101517
Par la rédaction de Livres et pensées.