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Livres et pensées
Couverture de Aliène

Aliène

de Phoebe Hadjimarkos Clarke

4/5selon la rédaction

3,3/5 sur Amazon, 121 évaluations, relevé en septembre 2026

Un roman de l’inquiétante étrangeté, qui transforme une agression et un rapport aux animaux en réflexion sur la violence et la marginalité.

En bref

Une jeune femme vivant à l’écart voit son quotidien bouleversé après une agression par un chien. Tandis que son rapport aux animaux, à son corps et aux autres se trouble, le récit explore la peur, l’isolement et la difficulté de retrouver une place parmi les humains.

À propos du livre

Aliène s’intéresse moins à l’agression elle-même qu’à ses effets durables. Le corps devient un lieu d’inquiétude, le monde extérieur une menace possible, et les relations avec les animaux prennent une intensité ambiguë. À travers cette expérience, le roman interroge la violence faite aux femmes, les mécanismes de sidération et la façon dont une personne marginalisée est renvoyée à une supposée étrangeté. Le propos reste incarné, sans se transformer en démonstration théorique.

Phoebe Hadjimarkos Clarke installe une atmosphère de décalage où le réalisme social glisse vers l’inquiétante étrangeté. Les perceptions de la protagoniste, ses obsessions et son attention aux signes produisent une tension moins fondée sur l’action que sur l’incertitude. La langue peut être âpre, sensorielle et dérangeante, avec une place importante accordée aux sensations physiques et aux comportements animaux. Cette écriture épouse la désorientation du personnage plutôt qu’elle ne cherche à la corriger.

Le roman occupe une place singulière dans la littérature française contemporaine, à la croisée du récit de violence, du roman d’émancipation et d’une forme de fantastique très terrestre. Il ne propose pas une héroïne facilement admirable ni une trajectoire de réparation bien ordonnée. Son intérêt tient précisément à cette résistance aux catégories : le malaise, la colère et le désir d’affranchissement y demeurent mêlés. Cette singularité explique en partie l’écho rencontré par le livre et son obtention du Prix du Livre Inter 2024.

Pour qui

À lire si

  • Les lecteurs attirés par les romans féministes qui abordent la violence et la marginalité sans simplifier les réactions de leurs personnages.
  • Les amateurs de récits troubles, sensoriels et proches de l’inquiétante étrangeté, où l’animalité sert à déplacer le regard sur l’humain.
  • Les lecteurs qui apprécient les romans contemporains attentifs aux corps, aux perceptions et aux formes de domination ordinaires.

À éviter si

  • Les lecteurs qui recherchent une intrigue très structurée, des réponses nettes et une progression narrative fondée sur les rebondissements risquent de rester à distance.
  • Les personnes sensibles aux scènes d’agression animale ou aux descriptions physiques insistantes peuvent trouver la lecture éprouvante.

Forces et limites

Ce qui fonctionne

  • Le roman donne une forme concrète et sensorielle aux conséquences psychiques d’une agression.
  • Le trouble entre réalisme, malaise social et étrangeté nourrit une atmosphère cohérente.
  • Les rapports entre humains et animaux servent une réflexion nuancée sur la violence, la peur et l’altérité.

Ce qui coince

  • La narration privilégie les perceptions et les états intérieurs, ce qui peut ralentir le récit et frustrer les lecteurs en quête d’événements.
  • L’intensité du malaise et l’absence de réponses simples rendent certaines situations volontairement inconfortables, au risque de paraître appuyées.

Fiche technique

Auteur
Phoebe Hadjimarkos Clarke
Parution
2024
Format
Poche

Par la rédaction de Livres et pensées.