
Adieu Eri
de Tatsuki Fujimoto
4,5/5selon la rédaction
4,8/5 sur Amazon, 163 évaluations, relevé en septembre 2026
Un récit bref et inventif sur le deuil, la mémoire et le pouvoir ambigu des images, porté par une mise en scène très maîtrisée.
En bref
Yuta reçoit de sa mère la mission de filmer ses derniers jours. Après sa mort, il réalise un film qui suscite des réactions contrastées, puis rencontre Eri, une jeune fille qui l’encourage à poursuivre son travail cinématographique. Ce manga en forme de récit dans le récit interroge la frontière entre réalité, souvenir et fiction.
À propos du livre
Adieu Eri part d’une situation intime, le deuil d’une mère, pour examiner la façon dont les images transforment les êtres qu’elles prétendent conserver. Le manga ne réduit pas la vidéo à un simple outil de mémoire : filmer implique de choisir, de cadrer, de montrer et de dissimuler. Cette réflexion donne au récit une portée plus large, autour de la responsabilité du créateur et du besoin de reconstruire le réel quand celui-ci devient difficile à supporter.
La construction repose sur un jeu de mises en abyme particulièrement visible dans les passages où le lecteur regarde des personnages regarder un film. Fujimoto varie les rythmes, les niveaux de réalité et la composition des pages sans alourdir son récit, qui reste très lisible malgré ses déplacements formels. Le dessin alterne scènes quotidiennes, silences et images plus spectaculaires, avec une expressivité qui laisse une place importante à l’interprétation.
Ce one-shot s’inscrit dans le versant le plus personnel de l’œuvre de Tatsuki Fujimoto, aux côtés de récits comme Look Back, tout en conservant son goût pour les ruptures de ton et les ambiguïtés morales. Sa réputation tient autant à son émotion contenue qu’à sa manière de faire de la forme même du manga un sujet. Certains lecteurs y verront une méditation subtile sur la création, d’autres une œuvre volontairement déroutante et parfois théorique.
Pour qui
À lire si
- Les lecteurs attirés par les mangas courts qui abordent le deuil, la création artistique et la mémoire sans se limiter à un récit réaliste.
- Les amateurs de narration expérimentale, de films dans le film et de récits qui jouent avec la perception du lecteur.
- Les lecteurs de Tatsuki Fujimoto qui souhaitent découvrir une œuvre plus intime que ses séries d’action.
À éviter si
- Les lecteurs qui recherchent une intrigue linéaire, des réponses explicites et une psychologie entièrement réaliste risquent de trouver ses ambiguïtés frustrantes.
- Les personnes peu sensibles aux récits métafictionnels peuvent rester à distance de son dispositif formel.
Forces et limites
Ce qui fonctionne
- La mise en scène fait de la vidéo, du cadrage et du montage des éléments essentiels de la narration.
- Le récit associe une émotion réelle à une réflexion précise sur la représentation du deuil.
- Le format court concentre les effets de structure sans multiplier les intrigues secondaires.
Ce qui coince
- Les changements de registre et de niveau de réalité peuvent sembler artificiels lorsque l’émotion devient plus démonstrative.
- La brièveté laisse certaines relations et certaines idées à l’état d’esquisse, ce qui peut donner une impression d’inachèvement.
Fiche technique
- Auteur
- Tatsuki Fujimoto
- Éditeur
- Kazé
- Parution
- 2022
- Format
- Broché
- Prix éditeur
- 7,29 €
- ISBN
- 9782820345943
Par la rédaction de Livres et pensées.