
À qui la faute
de Ragnar Jónasson
3,5/5selon la rédaction
3,8/5 sur Amazon, 488 évaluations, relevé en septembre 2026
Un huis clos islandais efficace, fondé sur les non-dits et la tension collective, malgré une mécanique parfois prévisible.
En bref
Quatre amis se retrouvent dans un chalet de chasse isolé, au cœur des montagnes islandaises. Une tempête les coupe du monde extérieur et transforme leur séjour en huis clos menaçant, où les rancœurs anciennes et les secrets remontent à la surface.
À propos du livre
Ragnar Jónasson installe une situation de crise immédiatement lisible : des personnages qui se connaissent depuis longtemps, un lieu difficile d’accès et des conditions météorologiques qui rendent toute aide incertaine. L’intérêt du roman tient moins à la complexité de l’enquête qu’à la manière dont l’isolement modifie les rapports de force. La menace vient autant de l’extérieur, avec la neige et le froid, que du groupe lui-même, dont la cohésion se révèle fragile.
La construction privilégie les révélations progressives et les changements de perspective. Chaque personnage apporte une part du passé commun, ce qui permet au récit de déplacer régulièrement les soupçons sans multiplier les lieux ni les intrigues secondaires. Le style est sobre, tendu et assez cinématographique, avec des chapitres courts qui entretiennent le mouvement. Cette efficacité a toutefois son revers : certains ressorts psychologiques et certaines réactions peuvent sembler plus fonctionnels que profondément développés.
Le roman s’inscrit dans la veine du polar nordique qui fait du paysage un élément actif de l’intrigue. Chez Jónasson, l’Islande n’est pas seulement un décor spectaculaire : ses espaces isolés, son climat et la faible densité de population renforcent la sensation d’enfermement. À la différence des séries policières de l’auteur, À qui la faute se présente comme un récit autonome, resserré autour d’un groupe et d’un secret collectif, sans enquêteur récurrent pour guider le lecteur.
Le livre doit sa force à une promesse simple, tenue avec une certaine rigueur : observer comment des liens anciens se défont lorsque chacun comprend que les autres ne disent pas toute la vérité. Il ne cherche ni l’ampleur sociale ni l’analyse criminelle détaillée, mais une tension de proximité, presque théâtrale. Les lecteurs apprécieront cette concentration et cette atmosphère froide ; ceux qui attendent une intrigue très surprenante ou des personnages longuement approfondis pourront rester à distance.
Pour qui
À lire si
- Les lecteurs de polars nordiques qui apprécient les huis clos, les paysages hostiles et les tensions entre protagonistes liés par un passé commun.
- Les amateurs d’intrigues courtes et structurées, où les secrets et les changements de point de vue font progresser le suspense.
- Les lecteurs qui préfèrent une atmosphère de menace psychologique à une enquête policière classique.
À éviter si
- Les lecteurs qui recherchent une enquête procédurale détaillée, avec un enquêteur central et un arrière-plan social développé.
- Les lecteurs peu sensibles aux intrigues de groupe fondées sur les non-dits et les soupçons réciproques, certains ressorts pouvant leur paraître prévisibles.
Forces et limites
Ce qui fonctionne
- Le cadre isolé et les conditions météorologiques nourrissent directement la tension du récit.
- La narration alterne les points de vue pour faire évoluer les soupçons sans disperser l’intrigue.
- Le roman exploite efficacement les rancœurs et les secrets d’un groupe qui se croyait soudé.
Ce qui coince
- La brièveté de certains développements psychologiques réduit parfois l’épaisseur des personnages.
- La mécanique du huis clos repose sur des ressorts familiers, ce qui peut limiter l’effet de surprise.
Fiche technique
- Auteur
- Ragnar Jónasson
- Éditeur
- La Martinière
- Parution
- 2022
- Format
- Numérique
Par la rédaction de Livres et pensées.