
À moi seul bien des personnages
de John Irving
4/5selon la rédaction
4,1/5 sur Amazon, 146 évaluations, relevé en septembre 2026
Un roman de formation ample et engagé, porté par une voix ironique, mais parfois alourdi par ses répétitions et ses digressions.
En bref
Billy Abbott, écrivain bisexuel, raconte son parcours depuis son adolescence dans une petite ville du Vermont des années 1950. Dans une famille marquée par les secrets, le théâtre et la lutte, il découvre progressivement la complexité du désir et des identités sexuelles. Le roman suit aussi les transformations de la société américaine, de la répression des minorités sexuelles à l’épidémie de sida. John Irving mêle chronique familiale, récit de formation, humour et réflexion sur la tolérance, avec une narration rétrospective qui assume l’ampleur du temps parcouru.
À propos du livre
À travers Billy Abbott, John Irving examine la manière dont une identité se construit au contact des autres, des modèles disponibles et des interdits sociaux. Le personnage grandit dans un univers où les rôles sexuels sont surveillés, mais où le théâtre, la littérature et certains adultes lui ouvrent des possibilités inattendues. La bisexualité n’est pas traitée comme un simple ressort narratif : elle devient une façon de questionner les catégories auxquelles la société voudrait réduire les individus.
La construction repose sur le récit rétrospectif d’un narrateur qui relie son adolescence, ses expériences amoureuses et les événements politiques de plusieurs décennies. Irving alterne scènes familiales, souvenirs de formation et épisodes plus directement liés aux combats homosexuels. Son style reste reconnaissable : goût des coïncidences, motifs récurrents, humour parfois burlesque et attention aux corps, aux gestes et aux performances. Cette architecture donne de l’ampleur au roman, mais elle favorise aussi les redites.
Le livre s’inscrit dans la continuité des romans d’Irving consacrés aux familles singulières, aux personnages en marge et aux identités instables. Le théâtre, la lutte et les figures transgressives y jouent un rôle comparable à celui qu’ils occupent dans plusieurs de ses œuvres antérieures, tout en servant ici une réflexion plus explicitement politique. La mémoire du sida et la violence des discriminations donnent au récit une gravité historique qui contrebalance son goût pour la farce.
Sa réputation tient notamment à cette combinaison entre une histoire personnelle accessible et une défense nette des libertés sexuelles. Le roman refuse de présenter la bisexualité comme une étape provisoire ou une indécision, ce qui lui confère une portée particulière dans la littérature américaine grand public. En revanche, son volume, ses détours et son insistance thématique peuvent éprouver les lecteurs qui attendent une intrigue resserrée ou une approche plus discrète de l’engagement.
Pour qui
À lire si
- Les lecteurs qui apprécient les romans de formation couvrant plusieurs décennies et articulant histoire intime et évolution sociale.
- Les lecteurs intéressés par les représentations de la bisexualité, des identités trans et des minorités sexuelles dans la fiction américaine.
- Les amateurs de John Irving qui aiment ses familles excentriques, ses motifs récurrents et son mélange d’humour et de gravité.
À éviter si
- Les lecteurs qui recherchent une intrigue rapide et resserrée risquent de trouver la narration trop longue et digressive.
- Les lecteurs peu sensibles aux répétitions thématiques et aux coïncidences caractéristiques d’Irving peuvent rester à distance de son style.
Forces et limites
Ce qui fonctionne
- La bisexualité du narrateur est représentée comme une identité durable, et non comme une phase ou un simple ressort dramatique.
- Le roman relie efficacement les trajectoires individuelles aux transformations sociales qui touchent les minorités sexuelles aux États-Unis.
- L’humour, le théâtre et les motifs familiaux empêchent le propos politique de se réduire à un exposé didactique.
Ce qui coince
- La longueur et les détours narratifs diluent parfois la tension des épisodes les plus forts.
- Les répétitions et les coïncidences, caractéristiques du style d’Irving, peuvent donner une impression de lourdeur.
Fiche technique
- Auteur
- John Irving
- Parution
- 2012
- Format
- Numérique
Par la rédaction de Livres et pensées.